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 Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]

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Anthea P. Iordanou
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Prénom/Pseudo : Hélène.

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Emploi : Archiviste à l'office de tourisme.
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MessageSujet: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Dim 8 Fév - 14:00




    Elle le méritait. Ce sentiment auquel elle ne s’y attendait pas le moins du monde, cette émotion qu’elle avait jusqu’à présent parfaitement vivre sans. Et elle pourrait encore le faire tant la morsure froide et aigue qui lui prenait le cœur et les entrailles lui coupait le souffle, lui faisait tourner la tête. Oui, elle aurait pu s’en passer. Mais elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle. De ce qui arrivait. De ce qui se déroulait sous ses yeux. Tout était de sa faute. Et la responsable, la seule et unique responsable, c’était elle. Alors s’il devait y avoir quelqu’un à blâmer, ce n’était pas cette pauvre Hybris, nymphe parmi tant d’autres ; et c’était encore moins le fringuant et séducteur jeune homme qui faisait la cour à la charmante créature fantastique. Non, celle à qui l’on devait jeter la pierre, la masochiste qui avait elle-même provoqué l’effroi, la souffrance dans laquelle elle pataugeait, c’était elle. Elle et personne d’autre.

    « Tu ne m’intéresses pas. Tu ne me plais pas. Jamais je ne te céderai comme toutes les autres. Jamais, je ne serai un nom de plus sur ton mur aux exploits. Jamais je ne trahirai le serment que ‘ai fait bien avant ta venue au monde. Parfois, certains jours, je me dis que cette promesse, je l’ai faite à dessein. Sans l’aide d’oracle, elle a été faite pour des individus comme toi. Et j’irai même jusqu’à dire pour toi. »

    Ce n’était pas la première fois et ce ne serait certainement pas la dernière fois qu’Athéna rejetait le facétieux et impétueux dieu messager. Pourtant, on ne pouvait pas dire qu’il n’était pas agréable à vivre. Serviable et charmeur, il était loin d’être d’une compagnie désagréable lorsqu’il ne vous jouait pas de mauvais tour bien évidemment. Tout comme il avait un physique des plus agréables. Il lui suffisait d’un simple sourire, creusant de charmantes fossettes dans ses joues parfaites, révélant une lignée de diamants blancs carnassiers, pour que quiconque ne cède. On ne pouvait rien lui refuser et il était difficile de rester sur ses positions en sa présence lorsqu’il avait une opinion divergente de vous. Et pourtant, c’est ce qu’elle s’évertuait à faire. Dans un premier temps, elle n’avait pas prêté attention à ses avances. Après tout, l’insatiable et hyperactif séducteur réservait le même sort à toutes les jeunes personnes de sexe féminin qu’il rencontrait. Et il ne reculait devant rien pour obtenir ce dont il désirait d’elles. Jusqu’à leur voler leur sandale par exemple s’agissant d’Aphrodite. Mais au fur et à mesure de leurs fréquentations, voulues ou non, la divinité avait appris à l’apprécier différemment. Et d’une certaine manière à trouver sa compagnie agréable, ses avances flatteuses, sans pour autant se déloger de sa position. De la peur ? Du respect pour ce qu’elle avait juré ? Du désir ancré au plus profond d’elle-même ? Elle ne voulait pas le savoir. Elle ne cherchait pas à le savoir et c’était très bien comme ça.

    C’était tellement plus facile de faire croire d’être indifférent à tout et surtout à lui. Trop facile même alors qu’il n’y avait rien de plus faux. Il suffisait de voir le regard en coin par lequel elle surveillait ses faits et gestes, l’observant s’approcher de la nymphe. Lui murmurer quelconques mots pour la faire sourire. Pour l’amener là où il voulait. Elle rit à gorge déployée et se mit à son tour à se faire taquine et séductrice. Nul n’ignorait le caractère frivole de ces créatures. La déesse poussa un soupir réprobateur et dégoûtée devant de telles manières, attirant l’attention d’Hestia et d’Arès présents non loin. Elle ne s’en formalisa pas mais finit par porter son regard ailleurs. Moins par crainte que son manège soit déjoué que parce qu’il allait se passer par la suite lui révulsait le cœur. Elle n’avait pas besoin de ça.


      AUJOURD’HUI


    Avant, elle n’aurait jamais osé s’approcher de l’océan. Ce n’était pas parce que le vent lui retirerait tout semblant de coiffure. Elle n’était clairement pas du genre à se soucier de ses longs cheveux bruns qui étaient aussi fiers et indépendants qu’elle-même. Ce n’était pas davantage en raison du sable qui viendrait lui fouetter le visage et lui picoter désagréablement chaque parcelle de sa peau. Ce n’était pas non plus en raison d’une quelconque crise d’infériorité en voyant les corps parfaits et bronzés des jeunes femmes en bikinis lézardant sur l’étendue blanche. Elle soutenait largement la comparaison malgré sa peau pâle et les écrasait même en beauté et charme. Non, c’était tout simplement qu’elle se méfiait de quelque mauvais coups de la part de son oncle. Mais aujourd’hui, les choses étaient différentes. Ce dernier ne pouvait plus grand-chose contre elle si ce n’était le recours aux armes des mortels. Et à ce petit jeu-là, elle était plus forte qu’elle. Aussi pouvait-elle profiter de la plage comme bon lui semblait. Finalement leur déchéance pouvait réserver certains avantages. Certains seulement.

    La jeune femme émit une petite moue en voyant l’étendue noire de monde qui s’offrait à elle. La rançon du paysage paradisiaque sans le moindre doute. Revêtue d’une courte robe noire et blanche dénudant ses épaules et ses jambes, un maillot de bain noir tranchant la blancheur infâmante au ciel grec de sa peau, un roman d’Emily Brontë dans une main, les lunettes du soleil sur le nez sans crainte qu’elle ne laisse une marque sur son nez, elle avisa un quelconque lieu où s’installer. Mais plutôt que de trouver son bonheur, elle assista une fois de plus à une scène dont elle aurait préféré ne pas être témoin et qui comme auparavant, sans qu’elle comprenne quoi que ce soit à ce qui lui arrivait, lui rongea le cœur de la plus cruelle manière qui soit.

    Hermès, Thimothée dans cette vie était une fois de plus en train de discuter avec une charmante créature. Certes ce n’était pas ne nymphe cette fois-ci mais il demeurait qu’elle était d’une beauté délicieuse et d’un charme qui incendia le cœur de la divinité. De la jalousie ? Sans le moindre doute. Avait-elle l’intention de reconnaître ce sentiment pour ce qu’il était ? Il en était absolument hors de question. Pour autant, allait-elle laisser les choses se faire devant elle, sans réagir et quand bien même, elle était la seule à blâmer ? Pas le moins du monde. Alors sans aucune gêne et avec assurance, elle se rapprocha du couple qui était en train de se former pour quelques heures connaissant le facétieux jeune homme et après avoir jeté un furtif coup d’œil à ce dernier, elle lança à la vacancière un peu trop blonde pour être une résidente :

    « Vous êtes scientifique ? Vous avez choisi un excellent spécimen pour la culture des morpions. Avec un peu de chance, vous aurez droit à l’hépatite C. Passionnant comme étude. »

    La gratifiant d’un sourire sympathique, elle releva le regard, froid et réprobateur, sur Hermès avant de s’éloigner à nouveau de quelques pas, s’installant sur la chaleur du sable doré. Et sans prêter la moindre attention à la ligne d’horizon bleu turquoise que retranchait l’océan au ciel limpide, ni aux pages de son livre qu’elle avait ouvert, elle se focalisa sur la conversation qu’elle avait provoqué. Ca avait été plus fort qu’elle. Pourtant, elle l’aimait bien. Ce n’était pas comme Arès ou Poséidon dont elle prenait un malin plaisir à ruiner tous les plans. C’était juste que l’imaginer, le voir avec une autre était au dessus de ses forces. Et la seule solution qu’elle avait trouvé, c’était de l’ennuyer prodigieusement. Pari réussi ?

_________________

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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Lun 9 Fév - 12:58

    Incarnation de la nonchalance, mollement appuyé contre le mur de marbre froid, j’observais curieusement l’ascension de l’astre du jour. L’immensité du ciel se teintait d’ocre et de corail ; l’éclatante lumière livrant bataille aux colorations trop sombres, trop obscures de la nuit. Je laissai échapper un doux soupir d’aise, tandis que mes iris s’attardaient avec avidité sur la brume qui m’entourait. Un délicieux nuage de pastel, humide et ravivant. S’il était bien une chose, dans ma nature, qui devait paraître paradoxale, il s’agissait de cela. Chaque matin, je m’installais - toujours en solitaire - devant la villa Théra et j’assistais à la naissance d’une nouvelle journée. Si cet accès de calme semblait jurer avec ma personnalité éhontée, il faisait pourtant partie intégrante de mes innombrables facettes. Depuis que nous étions descendus de l’Olympe, j’avais fait de ces matinées mon rituel et rares étaient les journées où je ne m’y pliais pas. Je me complaisais dans cette contemplation, et je ne saurais manquer à cette obligation. La plupart du temps, je m’appliquais à demeurer seul et concentré, afin de ne perdre une seconde du fabuleux spectacle s’offrant à mes iris éternellement insatisfaits. De temps à autres, néanmoins, je tendais l’oreille et, curieux, je surprenais les mystérieuses pensées d’un passant, ou les maudites réflexions d’un autre. Ce petit jeu m’arrachait immanquablement un sourire. Un rire franc et moqueur, fréquemment. De mon immortalité, je n’en gardais que ce don qui - je le déplorais toujours plus fortement - perdait de sa puissance. Ainsi, je l’utilisais avec un plaisir tout particulier, sans retenue aucune, et le maniais avec attention. En guise de divertissement, le plus souvent.

        ○○○

    Je ne m’étais aucunement trompé. Le temps était radieux, le ciel s’était rehaussé d’azur et les températures étaient très agréables. D’autres les qualifieraient d’écrasantes, mais je n’étais guère de cet avis. N’était-ce pas l’occasion pour ces jeunes demoiselles de dévêtir leurs épaules ? Si l’on connaissait ma nature frivole, il paraissait évident que je ne puisse me plaindre de telles vagues de chaleurs. Elément non-négligeable, de surcroît, cela me donnait l’occasion de passer ma journée à errer sur le sable, à l’affût des moindres pensées qui traverseraient l’esprit d’une belle naïade. J’appréciais cette plage. Non seulement pour les raisons évidentes - j’étais aujourd’hui en compagnie d’une délicieuse Norvégienne de passage sur notre île - mais également pour les surprises qu’elle nous offrait, généralement, lorsque l’on s’y attendait le moins.

    Ainsi, tandis que je me penchais vers Kristine, ma douce Norvégienne, afin de lui susurrer quelques compliments sur sa peau douce et ambrée, me parvinrent quelques bribes de ses pensées que je ne saisis pas immédiatement. Elle avait toutes les raisons de croire qu’une personne de la gent féminine nous observait, se rapprochait, pour être exact, de nous. Dérangé par une telle intrusion dans ma tentative de séduction, je me retournai et, avec une surprise que je ne tentais même pas de masquer, découvris une Athéna aux traits tirés par l’assurance. Elle ne m’accorda qu’un faible regard, toute son attention étant accaparée par l’examen que ses iris faisaient passer à ma compagne. Cette constatation m’arracha un sourire. Si je ne connaissais pas si bien l’aversion qu’elle éprouvait pour mon comportement, j’en viendrais à imaginer qu’elle enviait la place de la superbe blonde.

    ANTHEA ; « Vous êtes scientifique ? Vous avez choisi un excellent spécimen pour la culture des morpions. Avec un peu de chance, vous aurez droit à l’hépatite C. Passionnant comme étude. »

    Je pinçai les lèvres, empêchant à mon rire éclatant de claquer dans l’air, et les entrouvris dans la faible entreprise de lui rétorquer quelconque répartie, sourire taquin à l’appui. Elle ne me voyait pas, néanmoins, et se fichait bien de ce que je pouvais penser d’une telle manœuvre. Elle me planta là et je ne pus contraindre mes iris à se séparer d’une telle vision, immobile et encore stupéfait par tant d’aplomb, jusqu’à ce que la Norvégienne ne reprenne la parole, visiblement plus douchée que moi par cette intervention.

    KRISTINE ; « Vous... Vous vous connaissez ? »

    Je me retournai dans sa direction et haussai distraitement les épaules. Evidemment, nous nous connaissions, et la vérité était même bien plus effarante. Athéna esquivait toutes mes tentatives d’approche depuis bientôt plus de trois mille ans.

    THIMOTHEE ; « Tu m’excuses ? »

    Je compris à ses pensées que nous étions d’accord sur deux points. Notre flirt s’arrêtait là et sans l’intervention de, selon ses propres termes, cette ‘’folle’’ nous aurions passés un délicieux moment. Elle acquiesça doucement à ma question de rhétorique et, lui souriant à pleine dent, je me redressai rapidement. Fidèle à la divinité qu’elle était, je retrouvai Athéna confortablement installée sur le sable chaud. Bien que lunette sur le nez et roman à la main, elle n’aurait pu passée pour l’une de ces touristes que je séduisais quotidiennement. Il émanait d’elle une intensité que je ne saurais décrire avec exactitude, une beauté quelque peu insolente qui m’avait plu dès le premier regard. Il m’avait, pourtant, toujours été formellement proscrit d’y toucher, de l’effleurer même. Anthea ne songeait-elle pas à l’éventualité que cet interdit ne faisait qu’attiser ma curiosité ? C’était exactement ce qui se déroulait. A chaque regard évité, à chaque avance repoussée, les mailles de mon filet se resserraient autour de son corps. Plus elle résistait, et plus il m’était plaisant d’imaginer une éventuelle tentation. J’abandonnai ma belle naïade en lui accordant un dernier regard avant de m’avancer en direction de l’imprudente. Je m’accroupis à sa hauteur, plissai les yeux dans un effort de concentration et murmurai quelques mots à son oreille. Rapidement, car je savais parfaitement qu’elle tenterait de se dérober face à cette contigüité.

    THIMOTHEE ; « C’était très impoli. Et parfaitement inutile. Tu devrais savoir que toute mon attention t’est entièrement consacrée, Anthea. »

    Son prénom m’avait été si agréable à prononcer. J’allais en devenir totalement dépendant. Un souffle embrasé, flamboyant qui avait glissé sur ma langue, effleuré mes lèvres et s’était envolé dans la brume si dense. Une note sucrée qui avait résonné en moi, s’était échappée de mon esprit et volatilisée dans l’air brûlant de Santorin. Je luttai pour ne pas le formuler aussitôt une seconde fois, et m’écartai lentement de la divinité déchue. Je ne la quittai pas, toutefois. Comment pourrais-je ? Un sourire ornant les commissures de mes lèvres, je pris place en face d’elle, laissant ainsi mes pupilles la contempler à loisir.

    THIMOTHEE ; « Je doute que son intention fût vraiment de m’étudier. Pas scientifiquement, en tout cas... »

    Mon sourire s’épanouit entièrement lorsque j’imaginai le regard courroucé que me vaudrait cette impertinence.
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Anthea P. Iordanou
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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Lun 9 Fév - 21:11

    Sentir l’empreinte douce du soleil se dessiner sur sa peau, la réchauffant là où elle avait toujours été fraiche et intemporelle. Elle devait bien le reconnaître. Il existait certains avantages lorsqu’on était humain, simple mortel semblable à tous les autres. Les petits plaisirs quotidiens de la vie venaient compenser les manques flagrants et les frustrations qui pouvaient apparaître lorsqu’on perdait son statut infiniment supérieur. Bien sûr, dans cette vie comme dans les autres, elle verrait ce corps encore jeune et vigoureux se flétrir au gré des décennies écoulées. Evidemment, elle attrapait toutes les maladies auquel nul mortel ne pouvait échapper ou lutter contre. Et s’il n’y avait pas l’assistance de Dorian, elle éternuerait sans arrête. On ne pouvait pourtant pas dire qu’elle soit de constitution fragile ou que le temps estival annuel prêtait à l’émergence de rhume. Non, c’était juste qu’elle n’était pas très nature. Encore moins aujourd’hui qu’il y a 3000 ans. Pourtant, il existait réellement des avantages du côté mortel comme elle l’expérimentait depuis un peu trop longtemps à son goût. Ressentir des choses qu’elle n’imaginait pas auparavant. La première gorgée de bière qui vous montait lentement jusqu’au cerveau et apportait une vague de fraîcheur le long de votre gorge lorsqu’il faisait une chaleur exécrable et que vous reveniez d’une ballade dans les environs. L’empreinte douce des rayons du soleil le matin lorsque vous arpentiez les rues encore désertes de touristes. Les liens que vous pouviez créer avec les personnes que vous désiriez. La liberté la plus totale dans laquelle vous vous retrouviez sans dieux à qui rendre des comptes. Une part d’elle-même regrettait son statut passé et la plupart du temps, c’était cette dernière qui s’exprimait au plus grand malheur de ses plus proches divinités. Mais une toute petite partie d’elle-même, infime, aimait le fait de n’être qu’une mortelle de plus. Pas de destin entre les mains, pas de poids sur les épaules et peut être plus de souplesse. Oui, plus de souplesse.

    Caché sous ses lunettes de soleil, son regard dériva vers l’étrange couple formé par Hermès et cette étrangère. La jeunesse et l’âge. L’antiquité et le monde moderne. Le grec et la touriste. Rien de très original, très cliché il fallait même l’avouer. Elle ne faisait que passer. Elle ne resterait pas. Peu nombreux étaient les touristes qui demeuraient sur l’archipel paradisiaque. Le rêve ne vit que parce qu’il ne peut jamais être atteint. Dès lors qu’on en disposait à satiété, il ne représentait plus rien qu’un ennui profond. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres minces tandis qu’elle détaillait le physique des plus agréables de son colocataire. Objectivement parlant, Hermès, ou plutôt Thimothée pour la plupart des résidants, avait un physique de rêve. Dès lors, il n’y avait pas d’étonnant qu’il poursuive ses fonctions de guide touristique la nuit, pour des circuits en tête à tête avec telle ou telle touriste qui lui avait tapé dans l’œil. Il n’avait qu’à se pencher pour ramasser tant la plupart d’entres elles se pâmaient pour être dans son groupe. Anthea le regardait faire, ne s’en formalisait pas, ayant pris l’habitude dès le départ de ses mœurs légères, tout l’inverse de ce vers quoi elle tendait. Mais elle avait de plus en plus de mal à admettre cette situation et à vivre sereinement avec. Chaque fois qu’elle le surprenait en charmante compagnie ou alors qu’elle prenait un frugale petit déjeuner et qu’elle voyait une, deux voire trois somptueuses créatures de sa chambre, elle ressentait comme une sorte de petit pincement au cœur. Elle ne savait pas à quoi l’attribuer. Ou plutôt, elle s’en doutait mais balayait la possibilité d’un geste de la main comme l’on chasse une mouche opportune. Trop de différence. Trop de compromis. Pas assez de garantie. Alors elle se persuadait que c’était juste une envie, une fois de commettre pareille folie. De ne pas être liée par un serment qu’elle pensait à l’époque aisée à tenir. Et le voir avoir ce qu’elle voulait toucher du doigt, en profiter allègrement comme si de rien n’était. Elle le mettait sur ce compte là. Lorsque ce n’était pas sur celui de la réprobation comme elle devrait le faire eu égard à ses prétendues considérations.

    Elle fit mine de reprendre sa lecture lorsqu’elle le vit se lever et marcher dans sa direction. Il n’avait pas l’air peiné. La jeune mortelle ne se formalisait pas de ce genre de considération ? Elle réprima un frisson de dégoût et une grimace, se plongeant dans sa lecture, notifiant par la même à quiconque s’amuserait à l’observer qu’elle était bel et bien occupé et qu’elle ne s’amusait pas à espionner Thimothée. Son intervention était systématique. Elle aimait à venir rabaisser les autres dès qu’elle en avait l’occasion. Ne s’étant jamais défait de cet aspect de sa personnalité qui ne souffrait de sa nouvelle condition, elle n’avait trouvé que cette façon de faire pour étancher sa soif d’amertume. Que ce soit Hermès, Apollon ou Aphrodite, elle ne pouvait s’empêcher d’intervenir et de casser le méticuleux plan qu’ils avaient mis en place. Les plans étaient son rayon. Pas d’utilisation sans son accord verbal et sans qu’elle le leur ait soufflé, c’était la moindre des choses. Alors si en plus, ça empêchait le malicieux dieu de revenir accompagné à la villa ce soir, c’était entièrement positif pour elle.

    Plongée dans les méandres de la relation sombre et complexe qui unissait Heathcliff et Catherine, elle fut cependant consciente que son bonimenteur s’était approché mais jamais au grand jamais, elle n’avait effleuré l’idée qu’il se tiendrait aussi près d’elle. Et le murmure dans le creux de l’oreille fut si rapide, la chaleur émanant de son corps mortel contre le sien fut si insupportable qu’elle sursauta sans pouvoir s’en empêcher. Ce n’était pas de surprise. Ils se connaissaient bien, trop s’amuserait-elle à dire. C’était d’autre chose. Elle lui jeta un regard noir par-dessus son livre mais elle se rendit compte qu’il ne pouvait le voir en raison de ses sempiternelles lunettes. Comme précisé, il la connaissait suffisamment pour ne pas avoir à être témoin de tout pour deviner ce qui se tramer. Un léger ricanement cependant s’échappa de ses lèvres tandis qu’elle terminait sa page avant de refermer le livre et de reporter son attention sur le séduisant jeune homme qui se trouvait à ses côtés. Comme il l’avait toujours été. Comme elle avait toujours aimé qu’il soit sans jamais ne le révéler, ni même le laisser deviner. Elle s’éloigna clairement de lui, se soustrayant à la proximité insupportable de leurs deux corps et répliqua aussitôt d’un air innocent comme elle savait si bien le faire mais qui ne fonctionnait pas le moins du monde avec ses colocataires :

    « Je n’ai fait que la prévenir de ce qu’elle encourrait. Uniquement mon devoir de bonne citoyenne. »

    Toujours-est-il qu’elle apprécia les réflexions de son alter ego divin. C’était devenu une habitude dont elle aurait du mal à se défaire aujourd’hui. Une sorte de pièce de théâtre qu’il s répétaient sans cesse, sans jamais se lasser un seul instant, sans jamais varier dans leur position l’un comme l’autre. Elle appréciait le regard brillant de malice du dieu messager, ce sourire qui faisait en sorte qu’elle était incapable de rester fâchée contre lui très longtemps, ces cheveux qui à l’instar des siens semblaient doués de vie et d’indépendance totales par rapport à leur propriétaire. Contre toute attente et même si elle ne cessait de le repousser plus par habitude que par véritable dédain ou haine, il était un des dieux masculins dont elle se sentait le plus proche et assurément celui avec lequel elle appartenait le plus d’atomes crochus. Celui sans laquelle sa vie de mortelle serait bien morne. Mais hors de question de le reconnaître ou de lui laisser entendre pareille assertion. C’était bien comme ça.

    Il doutait que son intention était vraiment de l’étudier. Pas scientifiquement, en tout cas. Aussitôt, la jeune femme tourna vivement le visage courroucé vers lui, choquée, la bouche légèrement entrouverte sous le choc de l’image qu’elle venait de se représenter. Comment osait-il tenir de tels propos devant elle ? Devant Apollon, Aphrodite, voire Artémis, il pouvait se le permettre mais il savait pertinemment que la déesse de la guerre et de la ruse ne souffrait de telles considérations. Oui, il le savait pertinemment à en croire le large sourire qui dominait son visage. Il l’avait fait à dessein, comme chacun de ses actes, de ses pensées. Elle poussa un profond soupir et se décida enfin à retirer ses lunettes pour qu’il perçoive bien le regard brillant de réprobation qu’elle lui portait. Elle n’avait pas l’intention de l’imaginer en plein cours de sciences naturelles avec l’une de ses trop nombreuses partenaires. Elle avait déjà assez à faire avec le présent, qu’il lui laisse son imagination vierge de toutes pensées impures le concernant. Car déjà c’était son propre visage qu’elle avait apposé sur celui de la ravissante blonde.

    « Il est fort heureux que tu ne saches lire en moi, lui lança-t-elle, la voix sourde de colère pour ce qu’il venait de lui faire subir sans le savoir, cela t’aurait coupé l’appétit. »

    Pas sûr bien évidemment, même au contraire. Mais la perspective d’assister à son propre dépeçage, méthode qu’elle affectionnait particulièrement à l’encontre de ceux qui avait provoqué son courroux par le passé, ne devait pas l’enchanter. Tout comme la fébrilité dans laquelle elle se trouvait en cet instant précis ne l’enchantait pas plus. Cela avait déjà commencé dans la vie précédente. Elle se sentait revenir lentement sur ses positions. 3000 ans de frustration comptaient dans la balance et venaient à bout de tout. Même du serment le plus important. Elle ne le lâcha pas du regard un seul instant. Pourquoi faire ? A sa connaissance, il n’y avait pas de vue plus agréable à observer sur cette plage. La ligne bleue de la mer ? Elle l’exécrait de tout son être pour des raisons évidentes. Les touristes lézardant sur leur serviette de plage, la peau tannée ou d’un joli rouge écrevisse ? Ils n’avaient aucune espèce d’intérêt. Les pages du livre qu’elle tenait dans la main ? Elle les avait déjà parcouru tant de fois qu’elle n’avait plus vraiment besoin d’avoir sous les yeux pour en savoir le contenu. Finalement, au bout de quelques instants de silence, sans se détacher du regard azur qui envahissait son champ de vision et dans lequel elle se complaisait, elle lui mentit allègrement :

    « Je ne t’empêche pas de retourner à ta culture de MST. »

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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Mar 10 Fév - 20:02

    Il ne s’agissait que d’un jeu. Une infime part de risque, sans une once de garantie quant à la tournure que prendraient les évènements. Sans doute aucun, c’était ce que j’appréciais dans ces manœuvres. Je n’avais aucune attache, et il me plaisait de m’hasarder à la conquête d’une nouvelle néréide dès que j’en éprouvais l’envie. Mon pouvoir aidant, j’étais immanquablement assuré de parvenir à mes fins. Il me donnait une certitude, et je ne reculais alors devant rien. Aucun défi ne me résistait. J’en avais fait ma distraction favorite. Pourtant, il existait une femme, une déesse qui m’avait toujours résisté et qui s’était toujours appliquée à me faire comprendre combien mes intentions l’écœuraient profondément. Depuis que nous nous connaissions, Athéna s’était toujours évertuée à me repousser. Elle agissait, de surcroît, avec une infinie précaution, et j’en avais toujours été affreusement dérouté. Fréquemment, j’étais à court de ressources. Il m’arrivait de douter quant aux mots que je devais employer, ou aux gestes que je m’autorisais. Je méditai longuement, hésitai quant au comportement que je me devais d’adopter. Dès lors, le jeu que je pratiquais souvent avec tant d’entrain et de fièvre devenait plus complexe et, non seulement les rôles s’inversaient - car à défaut d’en faire ma prisonnière, je devenais le sien - mais je perdais pieds et m’égarais dans un tourbillon d’incertitudes. Un désarroi qui gagnait mon esprit, et qui s’attardait douloureusement, comme un coup violent porté à la poitrine, au niveau du cœur. Puis, mon pouvoir ne m’était d’aucun secours. J’étais bien incapable de lire dans les pensées de mes semblables et, lorsqu’il s’agissait d’Anthea, je n’en étais que plus frustré. Evidemment, ces mystérieuses réactions étaient cachées au plus profond de ma personne. J’avais appris à les dissimuler avec aise, et je ne tentais même plus de les décrypter pour en percer les secrets, par crainte de révéler une vérité surprenante. Une vérité que je ne me permettais de soupçonner. L’insatisfaction. Selon moi, il ne pouvait s’agir que de cela. Si je n’abandonnais pas, si je continuais de la provoquer et de la tenter comme je le faisais, c’était simplement à cause de cette force, de mon orgueil qui souffrait d’un tel manque de considération. Elle était la seule. Athéna était la seule à me résister de la sorte. Les enjeux n’étaient plus les mêmes, et la partie prenait alors plus d’importance à mes yeux. C’était cela. Rien d’autre. J’avais encore le cran de l’espérer, tout du moins.

    Je me laissai mollement tomber, m’appuyant sur mes coudes que j’enfonçais dans le sable corail. Sans rompre le contact visuel avec la divinité qui venait, une fois encore, de me désarçonner, je laissai un sourire narquois s’installer sur mes lèvres. Une bonne citoyenne ? Mes épaules eurent un mouvement discret et mon rire s’abandonna dans l’air ardent. Ainsi, je paraissais totalement indifférent. Pourtant, déjà, des interrogations m’assaillaient. J’avais parfaitement conscience de sa stupide manie. Que ce soit avec d’autres divinités ou moi-même, Athéna se complaisait à déjouer toutes les entreprises de séduction. Si je comprenais parfaitement que cela la divertissait lorsqu’il s’agissait de nos compagnons, je ne saisissais pas ce qui la poussait à agir de la même manière avec moi. Il était évident qu’elle ne désirait ma compagnie, qu’elle ne supportait mes flatteries et mes allusions. Néanmoins, elle continuait de s’immiscer dans ma vie sentimentale lorsqu’elle en entrevoyait l’occasion - comme elle venait tout juste de le faire. Je m’amusais beaucoup de ce comportement. J’en étais constamment troublé, cependant.

    Hypnotisé par la pâleur nacrée et la douceur apparente de sa peau, j’autorisai mes iris à s’y attarder avec plus d’indiscrétion que d’ordinaire. Pourtant, ce ne fut pas mon regard insistant qui déclencha ses réactions, mais bel et bien les paroles que j’avais osé prononcer en sa présence. Je souris allègrement, triomphant du résultat que j’avais obtenu, car mes intentions avaient porté leurs fruits. Irritée, et pour mon plus grand bonheur, elle alla même jusqu’à retirer ses lunettes avec fièvre. Certainement pour que je m’aperçoive de l’ampleur de ce que j’avais déclenché. Je ne relevais pas, pourtant. Déjà, j’étais trop occupé à m’abreuver de la profondeur de ses yeux. Réprobateurs, certes, mais toujours aussi plaisants à observer. Je me décidai à garder le silence, tandis que je sentais ses yeux inquisiteurs incendier le moindre de mes traits. Que recherchait-elle ? Je réfrénai ma question, méditai en silence. Sous courroux m’amusait bien plus qu’il ne me bousculait. J’y étais trop fréquemment confronté pour qu’il ne me touche un temps soit peu. Dès que nous nous croisions, elle adoptait immédiatement une position de défense, alors que je tentai de briser ses remparts. Plus j’essayais, malheureusement, et plus j’avais l’impression de m’entourer moi-même d’un mur.

    ANTHEA ; « Il est fort heureux que tu ne saches lire en moi. Cela t’aurait coupé l’appétit. »

    J’arquai un sourcil, surpris par une telle confidence. Je feignis un air décontenancé, mais un nouveau sourire que je ne pus contenir vint discréditer mon effet. L’idée que je pouvais, en lisant en elle, assister à ma propre torture n’était guère réjouissante. L’idée qu’elle n’avait pas supporté de m’imaginer avec ma jolie blonde était, elle, bien plus que réjouissante. Evidemment, je savais que l’atteinte portée à sa vertu était sa motivation bien plus qu’une certaine jalousie qu’elle pourrait éprouver à l’égard de n’importe laquelle de mes amantes, mais cela me suffisait amplement. Je laissai le silence s’imposer une nouvelle fois entre nous. En réalité, il était bien loin de me déranger ; au contraire, il m’apportait une certaine satisfaction. Pourtant, bientôt, ce fut Athéna qui le brisa.

    ANTHEA ; « Je ne t’empêche pas de retourner à ta culture de MST. »

    Un ton presque joyeux que je ne lui connaissais que très peu. Trop peu. En ma seule présence, il était bien rare que le moindre commentaire positif ne sorte de ses lèvres, et je n’avais que rarement aperçu un sourire les effleurer. Lorsque nous étions à la villa, c’était différent. Je devais avouer que la seule présence d’autrui semblait la rassurer aussi tôt, comme si le fait de ne pas être avec moi - et seulement moi - lui redonnait toute la confiance et l’aplomb que je lui connaissais. J’eus un sourire taquin, et détournai enfin mes iris de son visage, de sa beauté insolente qui foudroyait chaque infime partie de mon corps de mortel. Plissant des yeux, la cherchant du regard, je me concentrai sur le sujet de notre conversation. Kristine, la Norvégienne, s’était délicatement allongée sur le ventre. Je maudissais les lunettes de soleil qu’elle portait, désormais, car je ne pouvais dire si elle nous observait ou non. Je n’en avais pas grand besoin, néanmoins. Je jetai un coup d’œil furtif à ses formes pleines - les bonnes habitudes sont difficiles à perdre - mais ne m’y attardai longuement ; c’était son esprit qui m’intéressait. Si mon pouvoir semblait perdre en puissance, il me parut aisé de traverser sa résistance. Satisfait, je me retournai vers Anthea qui, comme je l’avais prévu et espéré, avait assisté à mon petit manège. Je pinçai ma lèvre inférieure, mimai une petite moue désolée.

    THIMOTHEE ; « Si seulement tu savais ce qu’elle pense de toi. Quoi que... Il serait préférable pour elle que je me terre dans le silence. »

    Mon regard se perdit rêveusement dans le vide, mes lèvres s’étirèrent en en sourire distrait et laissèrent échapper un doux soupir d’aise.

    THIMOTHEE ; « Ce qu’elle pense de moi, ceci dit... Hmm. C’est plutôt flatteur. »

    Je ne me démontais pas. J’appréciais vraiment ce petit jeu entre nous. Pourtant, je doutais de sa capacité à supporter de tels affronts. Elle avait, certes, l’habitude de mes provocations, mais elle n’était pas forcée de les endurer sans broncher. Je soufflai doucement, m’appliquai à retrouver un peu de sérieux, et rapprochai mon visage du sien, brisant ainsi la trop grande distance - à mon goût, pas au sien certainement - qui nous séparait. Si elle devait me reprocher quelque chose, autant qu’elle ait un excellent prétexte. Je tendis la main, écartai quelques mèches brunes éparses de ses traits délicieux et souris discrètement.

    THIMOTHEE ; « Oh, et détrompe-toi. Je suis persuadé que tes pensées me surprendraient bien plus que tu ne te l’admets toi-même. Et, tout comme je ne peux arracher mes pupilles à ta contemplation, je ne saurais me lasser de m’abreuver de tes réflexions les plus intimes. »

    Je demeurai immobile, sachant parfaitement qu’elle se hâterait de rétablir le fossé entre nous. Celui dont elle ne savait se passer, à mon plus grand désarroi.
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Anthea P. Iordanou
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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Mer 11 Fév - 20:12

    Il était le seul encore à se risquer de l’approcher. Pourtant son historique ne payait pas de mine pour quiconque émettrait des réflexions romantiques à son encontre pour dire les choses selon des formes plus ampoulées que le langage cru et décadent auquel elle assistait depuis quelques années. Peu d’hommes ne s’étaient risqués à tenter de la séduire. Elle mettait des barrières en amont. Des murs aussi haut et insurmontables comme l’étaient les hautes façades de Troie. Les impudents se comptaient sur les doigts d’une seule main et avaient vu leur tentative de séduction non seulement se soldées d’un échec mais qui plus est en avaient subi physiquement les conséquences. Ainsi en était du Thébain Tirésias. Ce simple mortel n’avait fait que la surprendre alors qu’elle se baignait. Ce n’était pas volontaire et il aurait très certainement passé son chemin avec déférence si elle ne l’avait elle-même remarqué. Il finît aveugle pour son impudence. Ainsi en était du dieu Héphaïstos. Elle se demandait encore aujourd’hui ce qui lui avait pris cette journée lorsqu’elle était descendue à sa forge pour commander des armes. Il fut facile à rejeter. Un simple geste de la main et le boiteux pris d’une frénésie aussi soudaine qu’inadéquate se retrouva à terre sans comprendre ce qui lui arrivait. Et les mortels dans ses nouvelles vies. Un simple regard glacial de sa part et ils faisaient machine arrière, ne préférant pas se risquer au vu de la perspective sombre qu’elle leur laissait apercevoir. Et malgré tout, Hermès revenait toujours à la charge. Au final, le plus étonnant n’était pas qu’il la poursuive de sa séduction entêtée même si elle pensait toujours qu’il passait à autre chose, mais plutôt qu’il n’ait jamais eu aucun dommage collatéral. Il était peut être son égal mais on ne pouvait pas dire qu’ils se faisaient de cadeaux entre eux. On pouvait alors légitimement se demander la raison pour laquelle les refus de la déesse de la guerre n’avaient jamais été plus sanglants pour mettre un terme à cette simagrée. La réponse se trouvait peut être dans le fond de ses yeux lorsqu’elle posait son regard fugace et léger sur lui en le découvrant en charmante compagnie. Dans la légère tension dans laquelle elle se trouvait quand il entrait dans la pièce où elle se trouvait. Secret à emmener jusqu’au tombeau dans cette vie comme dans toutes celles qui suivraient jusqu’à ce qu’elles ne succèdent plus du tout.

    Rien de ce qu’elle pouvait faire ou dire ne semblait l’éloigner. Sans doute n’y mettait-elle pas une réelle conviction ou motivation pour obtenir telle attitude. La preuve en était en l’occurrence de la façon dont il avait de s’ancrer, bien à l’aise en face d’elle, soutenant son regard comme si de rien n’était, et de la façon dont elle était elle-même incapable de défaire son regard de la physionomie de son irritant compagnon du moment, en tout bien tout honneur. Indubitablement, pour un œil extérieur, pour même le premier enfant venu, les deux divinités n’avaient strictement rien en commun au premier abord. Et celui qui penserait ça ne se tromperait pas réellement. L’un était à l’aise, rayonnant de joie et de malice, séducteur et hyperactif à ses heures perdues fort nombreuses ; l’autre, quant à elle, était froide et coincée, donnant toujours l’impression de ne pas se trouver à sa place et de souffrir d’un quelconque ennui supérieur, aussi stoïque et impassible que le marbre dans lequel avaient été érigés leurs anciens temples. Un bien étrange couple, penserait-on ; Mais les contraires s’attirent, se complètent et s’en trouvent fort aise. Si seulement, tout le monde et en particulier elle, pouvait être de cet avis. Hermès aurait sans doute moins de difficulté avec. Dans le même temps, elle mettrait sa main au feu qu’il n’y aurait plus le moindre intérêt non plus. Elle n’avait aucune illusion sur les intentions du jeune homme. Bien trop volage pour se poser quelque part. Bien trop frondeur pour se laisser piéger. Comme elle le lui avait notifié par le passé, il représentait exactement et dans toute sa splendeur la raison pour laquelle elle avait juré de ne jamais se marier et de toujours rester vierge. Rien à voir avec son horreur de la brutalité des hommes ; elle l’appréciait sur le champ de la bataille. Et moins encore par une quelconque envie de retraite, de vivre en ermite loin de la folie et des considérations humaines ; elle les aidait tant par le passé, améliorant leur vie quotidienne. Non, elle avait des valeurs différentes. Et la frivolité et la superficialité n’en faisaient assurément pas parties.

    Et cette façon de sourire à tout avait le don de l’agacer tout particulièrement. Elle qui était la gravité incarnée. Elle qui se laissait dominer un peu trop souvent par sa colère. Elle qui ne pardonnait jamais l’affront qu’on pouvait lui faire. Même minime. Elle ne comprenait tout simplement pas les réactions que pouvait avoir Hermès. Cela avait été elle, cela ferait longtemps que l’autre aurait eu à subir ses foudres, ou plutôt ses ires – tâchons de ne pas marcher sur les plates bandes de ce cher père. Et voilà qu’il laissait échapper un sourire avec ce qu’elle venait de sous entendre. Elle n’avait aucune crainte sur l’image qu’elle venait de lui laisser apercevoir, bien éloignée de ce à quoi elle avait eu droit quelques instants plus tôt. C’était juste qu’il rompait tous ses repères. Il n’était pas comme les autres. Etait-ce du masochisme, du défi, autre chose. Elle penchait très sérieusement pour la première solution mais là encore, ne préférait pas imaginer de scène de peur de laisser la chaleur lui monter à la tête, et pas uniquement celle qu’émettait l’astre solaire.

    Elle trouva un léger salut lorsqu’il tourna son visage vers sa dernière conquête en date, enfin elle ne l’avait été qu’à moitié. Le reste du chemin jusqu’au lit était encore à parcourir. Mais au moins, elle n’avait plus à soutenir le regard de son collègue. Trop bleu. Trop franc. Trop lumineux pour ne pas l’éblouir. Elle était toujours encore plus tendue qu’à l’habitude lorsqu’elle se trouvait en sa compagnie et le fait qu’ils se retrouvent sur une plage, entourés de touristes à foison ne l’empêchait pas de se sentir aussi fébrile que lorsqu’ils se rencontraient en plus complet tête à tête. Si aucune divinité ne se trouvait dans les environs, lui permettant de garder pied par son intensité naturelle, le reste du monde avait tendance à s’évaporer, disparaître totalement pour se recentrer uniquement sur Hermès. Thimothée. Aussi le voir porter son attention sur autre chose que sur elle, prendre des forces en prévision de la reprise d’une conversation sous tension était le bienvenue. Quant bien même, elle fut irritée du rappel de la somptueuse naïade aux cheveux aussi blonds qu’étaient bruns la chevelure d’Athéna. Méritait-elle pareille tourment ? Où avait-elle fauté ? Elle n’avait jamais cédé, n’avait jamais rompu son serment et avait toujours été une bonne déesse, certes un peu rancunière, mais sans aventure malheureuse et infortuné comme la plupart des autres esprits divins. Alors pourquoi les Erinyes la poursuivaient-elles de leur entêtement ? Elles n’avaient jamais travaillé ensemble mais jamais contre non plus.

    Pourtant, elle ne le lâchait pas un seul instant du regard. Détacher ses yeux de son profil digne d’être inscrit dans le marbre, dans la peinture ou sur pellicule comme c’était d’usage aujourd’hui était au dessus de ses forces. Qui plus est, elle n’en avait pas la moindre envie. Regarder ne lui était pas interdit. Surtout quand l’autre avait son attention ailleurs. Son regard descendit furtivement le long du cou du jeune homme dont elle imaginait la chaleur dans le creux de sa main, vers le torse dont le T-shirt qu’il portait laissait entrevoir la musculature légère mais présente sur laquelle elle pourrait laisser glisser ses doigts, dessinant des hiéroglyphes. Stop. Elle remonta aussitôt les yeux pour lui lancer un regard une fois de plus courroucé face à ses sous entendus. Oh ce n’était pas le fait que l’autre ne la prenne pour ce qu’elle était sûrement. Elle n’avait jamais prêté attention à ce qu’on pensait d’elle. Les mortels l’aimaient et la respectaient avec crainte et bienveillance mêlé. Naïvement, elle continuait à le croire. Ce n’était visiblement pas le cas de la touriste. Non ce qui l’avait agacé une fois de plus était l’allusion qu’il avait fait sur ce que l’étrangère pensait de lui. Avait-il besoin de le préciser ? C’était évident pour tous que la grande majorité de toutes les représentantes du sexe féminin sur cette plage avait la même idée en tête s’agissant de ce séduisant guide touristique. Toute sauf elle. Du moins c’est ce qu’elle pensait au plus profond d’elle-même, peu important les petites déviances psychologiques dont elle était la proie depuis quelques temps. C’était juste le temps qui jouait contre elle. La chaleur et les millénaires écoulés.

    Néanmoins, elle tourna la tête de côté pour porter son attention sur le sujet de celle d’Hermès. Et un très léger sourire, une ombre de sourire, perça son visage lorsque cette dernière tourna vivement la tête de l’autre côté. Non, elle n’avait pas eu peur de se faire prendre en pleine contemplation derrière ses lunettes noires. Il était plaisant à la déesse de la guerre de remarquer qu’elle parvenait toujours à effrayer quelque peu quiconque se mettait en travers de son chemin. L’espoir n’était peut être pas perdu pour eux finalement.

    « C’est parce que justement elle n’a pas à te supporter tous les jours. »

    Son ton s’était fait froid, agacé, dédaigneux. Chassez le naturel et il revient au triple galop lorsqu’il est contrarié. Le silence à nouveau s’installa mais uniquement pour quelques instants. Jusqu’à ce qu’il ne commette l’irréparable, du moins du point de vue de la déesse à la virginité farouche. Son geste la surprit dans un premier temps et c’est la raison pour laquelle elle ne réagit pas immédiatement alors qu’il rapprochait son visage du sien, envahissant totalement son champ de vision, creusant plus encore la distance avec le monde extérieur. Elle écarquilla les prunelles tandis qu’il écartait quelques mèches brunes de son visage dans un geste doux et tendre comme elle n’en avait pas l’habitude. Personne ne la touchait jamais. Personne ne touchait jamais ses cheveux. Elle ne laissait jamais personne s’approcher aussi près. Pas même Artémis. La surprise fut son rempart. Sa justification à son manque de réaction face à ce geste incongru et inattendu. Et alors, pendant quelques instants, quelques millièmes de seconde tout au plus, prise au dépourvu, elle fut une jeune fille de son âge qui n’aspirait qu’à une seule chose. Pas longtemps cependant.

    Se reprenant aussitôt, elle eut un net recul en arrière pour se soustraire à une proximité des plus malvenues et éloigna sèchement la main du dieu déchu en utilisant la sienne. Premier contact. Premier réel contact entre leur deux peaux en plus de 3000 ans d’existence. Etait-ce à cause de ce caractère inédit qu’elle ressentit comme des petites décharges électriques remonter le long de sa main, à l’endroit où elle avait rencontré la peau chaude et délicate d’Hermès, jusqu’à son épine dorsale pour éclater comme un feu d’artifice dans son cerveau, formant une boule dans le creux de sa gorge qu’elle se força à avaler. La mâchoire crispée, le regard encore plus glacial que d’habitude, elle lâcha :

    « Ne recommence jamais ça ou mes pensées ne seront pas que des pensées, Thimothée. »

    Elle avait employé son nom d’humain à dessein, rompant toute complicité divine entre ceux qui avaient été trahi par les humains. Ce qui venait de dire, ce qu’il venait de faire dépassait l’entendement. Elle ne pourrait en accepter davantage. Elle en était physiquement incapable.

_________________

Sur le fil du rasoir je déambule ma vie. Au fond d'un vieux tiroir, j'accumule mes envies. De la beauté du marbre, j'ai parfois la froideur mais c'est au bout d'un sabre, que j'accroche mon coeur.
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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Jeu 12 Fév - 22:56

    Si l’une des principales raisons qui me poussaient à ne pas baisser les bras vis-à-vis de ce petit jeu de séduction était évidemment la distraction que j’en tirais, l’autre était très probablement des plus surprenantes. Je ne parvenais pas à comprendre Athéna. Je n’y étais jamais parvenu, et je doutais fortement quant à ma capacité d’y réussir un jour, dans un futur proche ou lointain. Il me semblait parfois qu’elle eût le don d’ubiquité et que les nombreuses facettes de sa personnalité jouaient des tours à mon esprit. Néanmoins, elle avait l’air si confiante et sure d’elle-même que, fréquemment, j’abandonnais cette idée insensée. A mon plus grand étonnement, j’avais compris - un peu plus d’un millier d’année plus tôt - que c’était ce qui m’attirait le plus. Cette déroute, ce trouble. J’appréciais l’effet que ses changements d’humeurs provoquaient en moi, j’aimais l’air contrarié qu’elle m’adressait lorsque je répondais à l’une de ses invectives par un sourire inconvenant, mais toujours charmant. Aujourd’hui encore, elle ne pouvait s’empêcher de maltraiter mon esprit en m’infligeant différents agissements. Une quelconque jalousie lorsque je portais de l’intérêt à une autre. Puis, des regards violents, à faire pâlir le plus puissant des héros que je n’eus jamais guidé. Aujourd’hui encore, pourtant, je me surprenais à sourire à cela, à la provoquer inlassablement afin de décrypter ses allusions. Violemment. Vainement. Cela pouvait paraître grandement masochiste. Pourtant, connaissant mon caractère d’éternel lassé, cela ne me surprenait plus autant que cela.

    J’étais totalement inconscient. Je jouais avec le feu. Pire, je provoquais Athéna. Pourtant, je connaissais parfaitement les risques encourus. Je connaissais l’ampleur du piège dans lequel je venais de me barricader. Elle en avait gravement puni pour moins que cela. Et, impétueux que j’étais, je l’avais provoquée à dessein. Je l’avais certainement poussée dans ses derniers retranchements, et je devinais que je ne pourrais m’en sortir de la sorte, simplement par ma facétie et ma ruse légendaire. A l’instant même où je sentis sa main s’écraser sur la mienne, je réalisai. Athéna avait la réputation d’être intraitable, et je devinai qu’elle mettrait un certain temps à pardonner mon geste. Si j’avais la chance de la voir l’excuser un jour. En réalité, je devais être fou et idiot, plutôt qu’insouciant. Plus Anthea m’en interdisait, et plus je m’en autorisais. J’étais parfaitement instable ! Je me connaissais, cependant. J’aurais pu prédire cet écart. La réaction que j’attendais n’était rien de comparable, face au regard qui me fut destiné. Une tempête, un orage. Il me semblait même entendre le tonnerre gronder au loin, les éclairs exploser et s’approcher de ma personne, comme une menace qui ne me quitterait plus. Oui, c’était cela. J’étais fou de m’infliger ainsi un spectre fulminant qui me traquerait. Telles étaient les promesses qu’elle réservait à ceux qui mésestimaient ses interdictions. Pourtant, je l’avais remarqué. J’avais pu le percevoir clairement. Trop clairement. Cet instant de flottement. Une simple seconde d’égarement, durant laquelle Anthea s’était simplement immobilisée, et m’avait fixé d’une telle intensité que j’en étais encore retourné. D’ordinaire, elle ne méditait pas face à ce genre de situation. Elle agissait. Pourquoi avait-elle hésité ? Pourquoi diable n’avais-je pas encore été puni pour mon geste ? Geste tout à fait anodin à mes yeux, soit dit en passant. Pas aux siens, et cette pensée ne tarderait pas à être confirmée.

    ANTHEA ; « Ne recommence jamais ça ou mes pensées ne seront pas que des pensées, Thimothée. »

    En temps normal, ces paroles auraient pu m’amuser d’avantage. En ce moment, néanmoins, elles m’avaient tout bonnement assommé. Ma respiration s’était brisée et je n’osais mouvoir la moindre parcelle de mon corps, par crainte d’être foudroyé sur place par ses yeux menaçants. L’orage chimérique s’approchait encore, je pouvais percevoir son feulement agressif. Il m’était arrivé si souvent d’être confronté aux ires de la divinité de la guerre et de la sagesse que j’en avais presque oublié la saveur première, l’intimidation qui lui était caractéristique. L’espace d’un cillement, je me demandai si son pouvoir n’avait la capacité d’atteindre nos semblables, car j’étais totalement sous l’emprise d’une force que je ne comprenais pas. Je pris soudainement conscience de mon immobilité et, me maudissant de ce manque flagrant d’hardiesse, tentai de reprendre contenance avec un raclement de gorge. Pitoyable. J’essayai alors la parole.

    THIMOTHEE ; « Tu sais, Anthea, tu devrais... »

    Je m’interrompis, levai les yeux au ciel et hochai doucement la tête. J’abandonnai. N’était-ce pas peine perdue ? Je ne saisissais les raisons qui me poussaient à insister de la sorte, qui me contraignaient à ses vaines entreprises. J’étais contrôlé par une force invisible mais puissante, j’étais incité par le violent espoir que je parviendrais à briser les murs dans lesquels elle s’était condamnée. Je comprenais, pourtant, que je n’en possédais la capacité si elle-même ne le désirait pas. Certainement pour la première fois en sa présence, un soupir irrité franchit le barrage de mes lèvres. Je détournai le regard et me levai lentement. Je savais parfaitement que mon comportement l’étonnerait. J’en étais moi-même surpris. Le premier surpris. Affreusement dépité, également. Tandis que mes jambes firent un pas, semblèrent plus déterminées que jamais à me porter en un lieu plus agréable, je me forçai à m’immobiliser. Le contrecoup me heurta si violemment que mes paupières durent se clore instamment. Alors, c’était tout ? Je détalais, et Athéna triomphait ? Impossible, je refusais. Il s’agissait de mes règles du jeu. Elle me repoussait, certes, d’une violence de plus en plus déconcertante, mais j’étais celui qui revenait, celui qui insistait. Le jeu était mien, j’en décidais de la fin. Je rouvris les yeux, ma main s’égara dans mes cheveux afin de me redonner une certaine contenance et je retournai auprès de la divinité dans mon sillage.

    THIMOTHEE ; « Ne t’es-tu jamais autorisé une simple pause ? N’as-tu jamais relâché toute cette pression ? Regarde autour de toi, bon sang ! Tout n’est pas austère et grave. »

    Je comprenais parfaitement les réticences de mes camarades divins quant à l’adaptation de la vie humaine, les difficultés encourues quant à la perte de puissance et de pouvoir. Je vivais tout cela, moi aussi, il était évident que je les comprenne. Je savais, toutefois, que ces complexités n’étaient les causes du comportement d’Athéna. Après tout, je l’avais toujours connue ainsi. Fourbe. Obstinée. Par ailleurs, j’avais cette certitude bien sensée. Si, un jour, je déjouais ses plans de résistance, je parvenais à la faire fléchir, j’étais persuadé qu’elle continuerait à me contester, par simple esprit de contradiction. Je savais qu’elle n’avait la capacité de supporter une défaite, et qu’elle considèrerait cela comme l’une des pires jamais éprouvées. Je repris ma place, m’installai nonchalamment en lui faisant face. Elle était contrariée, je le devinais à ses traits tirés. J’y lisais un autre sentiment, mais je ne pouvais en déceler le contenu sans mon pouvoir. Colère ? Surprise ? Les deux, très probablement. Les revirements de situation devaient la troubler, elle n’y était coutumière. J’haussai les épaules, pourtant résigné.

    THIMOTHEE ; « Bien, d’accord. On va essayer. Je prends le risque. »

    Elle ne savait visiblement pas sur quelle voie je voulais l’emmener. Elle ne risquait absolument rien, cependant. Moins que moi, j’en avais la fine certitude. Un sourire amusé revint se nicher sur mes lèvres, tandis que j’ancrai mes yeux dans les siens. Pour plus d’effet. Parce que je ne pouvais me contraindre à les ignorer plus longtemps, également.

    THIMOTHEE ; « Quelles sont tes pensées, Anthea ? »

    Si l’interpelée pensait qu’user de nos présents prénoms établissait une distance entre nous, j’étais d’avis radicalement contraire. Divins, nous étions tous parfaitement égaux, nous ressentions et partagions les mêmes sentiments, les mêmes aspirations de puissance et d’intensité. Faibles mortels depuis de trop nombreuses années à présent, nous étions, pourtant, toujours en proie à de nouvelles sensations, des réactions que nous ne contrôlions pas. J’insistais là-dessus, sur cet élément précisément. Je mettais l’accent sur notre fébrilité inédite, l’agitation et le trouble des sens. Tous autant que nous étions, nous nous surprenions à réagir comme de simples êtres humains, et non plus des dieux. Nous n’avions l’entière maîtrise de notre enveloppe charnelle, nous ne pouvions contrôler ses réactions face à une fraîche aura ou ses réponses à une contigüité surprenante et trop agréable. En cela, et elle pouvait argumenter tant qu’elle le désirait, nous nous rapprochions bien plus que je ne l’espérais moi-même.
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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Sam 14 Fév - 21:14

    Déchirée. Elle était déchirée entre ce qu’elle était et ce qu’elle croyait être. Une chose était sûre. Elle était parfaitement consciente du fait que deux êtres se déchirer son âme en elle. La plupart du temps, dans chaque vie mortelle dont elle avait pu disposer, c’était toujours le même qui remportait la bataille. Mais cette fois-ci rien n’était moins sûr. Au cours des siècles passés, c’était clairement son esprit de déesse qui avait dominé l’humaine, déversant sur cette dernière une chape de plomb, l’empêchant de s’exprimer, de se laisser porter par les évènements de la vie. Bien au contraire, elle avait fait en sorte que tout ce qui puisse lui arrivé ne vienne jamais par hasard. Aucune surprise n’avait été de mise dans ses existences antérieures. Elle avait toujours tout gérer d’une main de maître sans la moindre difficulté et malgré les bien faibles protestations de l’humaine qui vivait dans le même corps qu’elle-même. Elle lui avait toujours nié son existence par ailleurs. Il n’y avait qu’un corps, qu’une âme. Rien d’autre que cet esprit divin intemporel et cette peau physique éphémère. Jusque dans ses relations avec les autres, mortels ou non. Et pourtant, cette fois-ci c’était différent. L’humaine semblait prendre plus de poids. Elle réclamait l’attention qu’elle méritait estimer. Et aujourd’hui, elle semblait assez forte pour se disputer ce corps. Elle avait l’intention de se laisser porter par ses sentiments, par les évènements qu’elle n’avait pas la moindre intention de provoquer. Se laisser bercer par le vent docile et frais du destin. Se laisser dériver par les flots tranquilles d’une rivière et voir cela où ils allaient la menait, sans chercher à nager en contre courant. Se laisser porter tout simplement. Se reposer.

    De toute manière, ce qui se passait ici ne resterait qu’ici susurrait avec obsession l’humaine. Insidieusement comme un traître qu’elle n’avait jamais été, la mortelle jusque là sagement muselé la persuadait qu’elle pouvait tout se permettre entourée de mortels. Plus encore au regard de la société décadente dans laquelle se trouvaient les divinités déchues. Qui viendrait lui reprocher son attitude ? Qui viendrait mettre en avant son serment aujourd’hui que les relations charnelles étaient monnaie courante ? Aujourd’hui que l’anormalité était clairement celui ou celle qui refusait de céder et décidait de se préserver. Outre Poséidon qui trouverait un moyen commode de la tourmenter sur ce sujet, la seule qui avait un quelconque souci et pourrait interjeter ses a priori, c’était elle-même. Les autres pouvaient ne jamais être au courant. Leur omniscience n’était plus et c’était bien ça le souci. La seule qui le serait, ce serait elle et la personne avec qui elle se déciderait de trahir ce serment portée comme oriflamme depuis des millénaires. Quant bien même les divinités apprenaient qu’elle ait rompu ce serment, que pouvaient-elles bien faire pour la punir ? Elles n’en avaient plus les pouvoirs depuis bien longtemps. Et le souhaiteraient-elles seulement ? Artémis avait trahi sa promesse ; elle n’en avait pas été réprimée pour autant. Si ce n’est pas son frère. S’agissant d’elle, il n’y avait personne qui puisse agir avec une telle jalousie, une telle possession pour lui rappeler son ancienne position.

    Personne, hormis elle-même. Et lorsqu’on était une personne aussi fière de soi comme l’était Athéna, il était hors de question de descendre à ses propres yeux. Elle avait juré et elle voulait toujours conserver cette fierté, ce devoir mis en avant de toujours être fidèle à ses promesses. Comment pourrait-elle se regarder dans le miroir après avoir cédé, après avoir trahi ses convictions. L’humaine n’était pas du même avis. Trop longtemps opprimée, elle avait bien l’intention de faire valoir ses positions qu’elle estimait tout autant valables, si ce n’est plus. Elle détestait cette part d’elle-même qui prenait chaque jour de l’ampleur. Et elle détestait Thimothée de ce qu’il causait en elle. C’était en grande partie de sa faute si l’humaine, la mortelle soumise à ses émotions, esclave de ses sensations, prenaient des forces plus puissantes chaque jour. Oui, elle le détestait comme jamais elle n’avait haï quelqu’un. Pas même Arès ou Poséidon. Pas même Pénélope. Pas même toutes ces nymphes, déesses, demi-déesses, mortelles qu’il avait aimé.

    Elle devrait quoi ? Ce n’était pas dans les habitudes d’Hermès de s’arrêter comme ça en plein milieu d’une phrase. Plus encore de laisser tomber, d’abandonner la partie. Ca ne lui ressemblait pas et c’était justement le problème depuis plus de 3000 ans entre eux. Le fait qu’il se refusait d’être un perdant. Tant que le jeu n’était pas terminé, que la bataille n’avait pas de point final, il n’y avait pas de perdant ou de gagnant. Cette situation convenait parfaitement à la déesse. Elle n’avait pas la moindre envie que tout se termine. Elle avait beau le rejeter. Ce n’était pas … pas quoi ? En tout cas pas de cette façon qu’elle envisageait l’actuelle conversation. Elle l’observa se lever avec surprise. Elle ne s’y attendait pas le moins du monde. Avait-elle enfin remporté la bataille ? Baissait-il définitivement les bras en voyant que jamais elle ne lui cèderait? Si tel était le cas comme il en donnait l’impression, ne devait-elle pas être plus heureuse que ça ? Elle aurait dû ressentir du soulagement et de la gratitude, de l’apaisement face à l’avenir. Elle n’allait plus avoir à subir ses attaques incessantes, ses tentatives obstinées de la séduire, ses délicieuses manières à son égard. Rien à voir avec les sentiments qui déchiraient son cœur. Ce feu brûlant, cette chape lourde qui s’abattait sur elle, ça n’avait rien à voir avec ce qu’elle aurait dû ressentir.

    Perturbée, les sourcils froncés, la surprise s’empara à nouveau d’elle-même lorsqu’elle le vit hésiter, son regard ayant été incapable de se détacher de lui, oubliant de respirer. Et son cœur se remit à battre à nouveau avec plus d’intensité, plus de couleur en l’observant s’installer à nouveau en face d’elle. De la colère aussi perdurait de leur vif échange de quelques minutes plus tôt, elle n’était pas de celles qui se calmaient aisément. Mais également du soulagement. Et elle s’en voulait. Elle n’aurait jamais dû ressentir ça. Elle s’en voulait contre elle-même. De la culpabilité oui. Elle ne détacha pas son regard des pupilles hypnotisantes de l’astucieux dieu ; Comme un océan dans lequel elle se voyait plonger encore et encore. Le feu qu’elle lisait dedans, la fougue qu’elle sentait derrière chacune de ses paroles, il était comme une spirale, le cœur du cyclone au creux duquel elle se trouvait. Et pourtant, tout était si calme, apaisé. Elle se sentait étrangement bien.

    L’écoutant parler, elle jeta un coup d’œil autour d’eux, se rendant compte finalement des cris joyeux des enfants qui allaient et venaient entre les vaguelettes et la serviette de leur parent, les rires des touristes en train de disputer un match de beach volley à quelque mètres d’eux, les sourires des naïades face aux paroles de quelconque séducteur de plage. Oui, tout n’était pas si grave et austère autour d’eux. Pour autant devait-elle céder à la vindicte de la majorité. Elle s’y était toujours refusée. Elle était toujours de celle qui se rebellait contre l’ordre établi. La Gigantomachie. L’attitude légère des dieux. Cette fameuse pomme d’or. Elle avait toujours nagé à contre courant et peu important ce qu’on pensait d’elle.

    « Et quant bien même, Thimothée, je devrai renier ce que je suis juste parce que la majorité des mortels, ceux-là même qui nous ont trahi, n’ont pas fait les mêmes choix que moi ? Dis-moi ce que je dois faire. Ce que tu attends de moi. Mais je préfèrerai mourir et ne plus jamais me réincarné que de me trahir. Parce que c’est ce que je suis. Avec le temps tu devrais me connaître. Tu devrais le savoir. »

    Tout en parlant, sans s’en rendre compte, Athéna avait rapproché son visage du sien, se laissant emportée par sa condition de mortelle. Lorsqu’elle s’en rendit compte, elle se recula instantanément et rompit le contact visuel bien trop brulant avec le jeune homme. Elle le renouvela cependant suite aux propos d’Hermès, interloquée et surprise. Qu’était ce ‘on’ ? Qu’est ce qu’il voulait essayer avec elle ? Elle pensait avoir été claire sur le sujet. Il n’y avait pas de on possible. Heureusement, il mit rapidement fin à ses interrogations en l’interrogeant sur ses pensées. C’était donc ça. Elle ne fut pas réellement soulagée pour autant puisqu’il lui était impossible de faire part de ces dernières. Elle garda le silence quelques instances, les rouages de son cerveau se mettant en place à une allure folle pour trouver une réponse adéquate. Finalement, elle ouvrit à nouveau la bouche et sans se départir de son indifférence de façade, répliqua :

    « En cet instant précis ? Ou alors d’une manière générale ? Parce que là, maintenant tout de suite, elles sont entièrement dirigées à ton encontre. Je suis en train de scanner les différentes manières que l’on utilisait au Moyen Âge pour torturer les individus. En l’occurrence, j’hésite entre le chevalet et la poire d'angoisse. »

    Avait-elle été suffisamment convaincante ? A vrai dire, elle n’avait pas beaucoup à se forcer pour avoir de telles images tant elle le détestait de la torturer de la sorte. Ce ne serait qu’un juste retour des choses après tout.

    « Cette réponse te satisfait-elle ou en désires-tu une autre ? »

    Une vérité qu’elle était incapable de lui donner. De une, ça lui ferait trop plaisir et le confirmerait dans ses tentatives de séduction. Il ne lâcherait plus jamais l’affaire. Et de deux, elle serait bien trop ridicule. Du moins, c’est ce dont elle était persuadée. Ridiculisée et humiliée. Et elle était trop fière pour ça.

_________________

Sur le fil du rasoir je déambule ma vie. Au fond d'un vieux tiroir, j'accumule mes envies. De la beauté du marbre, j'ai parfois la froideur mais c'est au bout d'un sabre, que j'accroche mon coeur.
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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Dim 15 Mar - 16:47

    Je me maudissais. Bien que je l’eusse toujours caché avec une précaution infinie, je n’étais que trop rapidement impressionné. Il m’était bien aisé de coller cet air faussement passif et indifférent, de laisser quelques paroles futiles s’échapper de mes lèvres. Je jouais constamment avec les apparences. D’ailleurs, en ce moment-même, je ne pouvais ignorer tout ce que m’inspirait la force de la divinité qui me faisait face. D’aussi loin que je m’en souvienne, personne n’avait jamais mésestimé le pouvoir d’Athéna. Comment le pourrait-on ? Si quelqu’un avait osé lui faire subir un tel affront, il en avait certainement payé de tout son être. A ma connaissance, elle en avait puni pour moins que cela, et elle était connue pour apprécier les démonstrations. Il n’était dans ses habitudes de se laisser médire sans la moindre réaction. L’étendue de son pouvoir était connue et, avec toute la délectation qu’elle s’autorisait, elle l’illustrait sans s’en lasser. Cependant, en ce qui me concernait, je n’en avais jamais été véritablement conscient. Jusqu’alors. Je m’apercevais qu’Anthea emmurait tous les sentiments, les nouvelles sensations d’être humain qu’elle éprouvait, qu’elle les rejetait aussi violemment que je repoussais ses invectives, qu’elle se protégeait d’une menace que je ne discernais pas. Je n’en saisissais pas les raisons, je n’osais ne serait-ce que les supposer. Honnêtement, j’étais de ceux qui se complaisaient dans notre stature, qui se réjouissaient de la moindre émotion inédite. La douleur-même m’apportait une certaine satisfaction inavouable, que je n’osais admettre. Ce vil sentiment - purement humain et dont j’avais inévitablement hérité - qu’était la jalousie m’apportait d’avantage d’adrénaline qu’une quelconque lubie de dieu, m’apportait tellement plus que le pouvoir et la reconnaissance. Dieu messager, j’avais toujours baigné dans leur monde, je les avais observés et même guidés. Je m’étais étonné de leurs réactions incompréhensibles, je m’étais amusé de leurs comportements singuliers et purement intéressés. Je comprenais enfin, néanmoins. Je me sentais vivre finalement, avec tout ce que cette conclusion comportait. Je prenais le bon, surtout, car cela faisait partie intégrante de ma personnalité papillonnante. Je ne refusais jamais le mauvais, cependant. Je m’en accommodais, je me l’appropriais avec une élégance propre à ma seule personne. Assurément, je vivais. En cela, je me sentais complet. Parfaitement complet en tant qu’homme, certes, mais j’étais pleinement conscient du bien fondé de notre arrivée sur Terre. Contrairement à Athéna qui semblait en souffrir et ne pas vouloir s’ouvrir, la divinité que j’étais en avait également profité, et même gagné en entendement.

    Il m’était alors terriblement ardu de cerner l’étendue d’énergie qu’elle déployait dans l’entreprise de faire taire celle qu’elle était devenue. Si nous gardions toutes les réminiscences de notre vécu divin, Athéna était l’une des seules à ne pouvoir les écarter de son esprit, comme si elle n’aspirait qu’à s’y accrocher avec toute la force que nous lui connaissions. Etait-ce la crainte de se perdre entièrement ? L’humiliation qu’elle pensait éprouver si elle s’abandonnait un instant ? Je ne pouvais le deviner, mais j’avais l’intuition qu’il s’agissait de cela. Bien qu’elle ait rejoint les mortels, comme nous tous, Anthea avait gardé sa suffisance, la fierté qu’elle dressait à toute épreuve. Je me demandais si ce n’était une manière comme une autre de prouver sa grandeur, de démontrer qu’elle n’avait rien perdu de son caractère divin. La connaissant, j’en devins rapidement certain. C’était cela ; elle ne pouvait se laisser porter par de simples sentiments. Elle n’était aucunement aussi faible, et elle le démontrait.

    Je l’observais, immobile et silencieux. Elle avait rompu notre contact visuel, et je m’amusais de ses coups d’œil jetés aux inconnus qui nous entouraient. Une folle illusion, un simple égarement ; étais-je parvenu à atteindre ses convictions ? Il me sembla que ce fût le cas. Quelques trop courtes secondes, son regard avait erré d’individus en individus. Les touristes s’émerveillant face à la couleur de l’eau, les enfants riant à s’en disloquer les mâchoires. Ce spectacle était certainement tout ce qu’elle abhorrait, tout ce dont elle ne voulait prendre conscience. Athéna préférait sans doute la retenue. Toutefois, comme je venais de le lui affirmer, tout n’était pas austère, et la preuve se jouait sous ses yeux.

    ANTHEA ; « Et quant bien même, Thimothée, je devrai renier ce que je suis juste parce que la majorité des mortels, ceux-là même qui nous ont trahi, n’ont pas fait les mêmes choix que moi ? Dis-moi ce que je dois faire. Ce que tu attends de moi. Mais je préfèrerai mourir et ne plus jamais me réincarner que de me trahir. Parce que c’est ce que je suis. Avec le temps tu devrais me connaître. Tu devrais le savoir. »

    Je gardai le silence, la regardant s’écarter sans broncher. Je comprenais, pourtant, que je ne pouvais la ramener à ma cause avec un argument qui ne pesait que si peu de poids à ses yeux. En ce moment-même, je regrettais amèrement de ne posséder la capacité de partager mon pouvoir avec elle ; peut-être finirait-elle par comprendre que tout n’était pas grave de conséquence. D’un mouvement de tête, je lui fis comprendre mon dissentiment. Je la connaissais, assurément, mais je n’étais pas certain de la suivre. Il n’était pas question de renier ce qu’elle était, mais plutôt de la réconcilier avec sa nouvelle nature. Elle ne voulait concevoir mon point de vue ; malgré tout ce qu’elle pouvait affirmer, Athéna était différente. Elle était Anthea, avec tout ce que cela impliquait. Après tout, nous avions tous évolués. Pourquoi ne l’acceptait-elle pas ? Sensations inédites, perte de puissance. Les bons comme les mauvais côtés en étaient la preuve : nous changions, nous étions en proie à des nouveautés.

    ANTHEA ; « En cet instant précis ? Ou alors d’une manière générale ? Parce que là, maintenant tout de suite, elles sont entièrement dirigées à ton encontre. Je suis en train de scanner les différentes manières que l’on utilisait au Moyen Âge pour torturer les individus. En l’occurrence, j’hésite entre le chevalet et la poire d'angoisse. »

    Je détournai les yeux quelques secondes, un sourire non-dissimulé s’infiltrant sur mes lèvres. Peut-être m’étais-je, une nouvelle fois, trompé. Anthea semblait demeurer la même, inflexible et menaçante. Mes pupilles amusées rencontrèrent finalement les siennes, plus sérieuses que jamais, et j’acquiesçai doucement. Cette démonstration de tendresse, ce débordement d’affection m’étaient entièrement suffisants et, si j’avais désiré une toute autre réplique, je décidai de taire ce souhait absurde.

    THIMOTHEE ; « Hum, charmant. »

    Notre jeu était sans fin, et j’étais de retour à la case départ. Cette fois-ci encore, je ne me démontai pas. Retrouvant toute ma contenance et mon statut de séducteur, je lui lançai un regard défiant.

    THIMOTHEE ; « Ferme les yeux ! »

    Un regard surpris, un air de suffisance que je lui connaissais bien. Même sans mon pouvoir, je devinai les pensées qui traversaient son esprit à l’instant. J’étais fou, insensé d’espérer qu’elle s’abandonnerait ainsi à mon simple bon vouloir. Elle me l’avait prié maintes et maintes fois ; elle se complaisait à me contredire, dès que j’ouvrais les lèvres. Si je m’amusais à tenter de la séduire, elle semblait s’amuser d’avantage à me repousser avec une aisance dont elle-seule était capable. Cette fois-ci, pourtant, je ne lui demandais pas l’impossible. N’était-elle pas capable de confiance ? Je lui demandai simplement de fermer les paupières. J’haussai les épaules, la priai de ne pas jouer à l’effarouchée.

    THIMOTHEE ; « Tu m’as demandé ce que j’attendais de toi, tu as ta réponse. Si c’est mon comportement qui t’inquiète, sache que je suis capable de me tenir en société. Ferme les yeux ; je promets de ne pas te toucher. »

    Elle hésita quelques instants et, à mon plus grand étonnement, je la vis s’exécuter. Il s’agissait probablement plus de la curiosité que j’avais éveillée en elle que de ma capacité à la convaincre, mais le résultat était le même. Profitant de la perche qui m’avait été tendue, je m’approchais doucement de la divinité. La méfiance se lisait sur son visage ; ce qui m’amusa car je m’y étais préparé. Elle avait certainement l’impression de ne rien contrôler, et je me demandai si cela ne la soulageait pas. Certainement pas, non. Elle avait l’habitude de ne rien laisser au hasard, cela devait lui paraître bien frustrant que de perdre ce pouvoir. Dans un sens, pourtant, j’imaginais que c’était le cas. Après tout, Athéna ne semblait jamais relâcher toute cette pression et nous avions tous besoin d’un moment d’égarement de temps à autre. Elle plus encore, je le savais. Comme promis, je ne la touchai pas - je ne l’effleurai même pas - et m’immobilisai à deux petits centimètres de son oreille, soufflant quelques mots.

    THIMOTHEE ; « Détends-toi, je ne vais pas te mordre. Pas tout de suite, du moins. »

    Je laissai échapper un rire, amusé par la tension que je sentais grandissante, et vérifiai rapidement qu’elle n’avait pas rouvert les paupières.

    THIMOTHEE ; « Pas un mot, concentre-toi. Tu les sens, n’est-ce pas ? Le sable sous tes mains, le soleil sur ta peau, le vent dans tes cheveux, mon souffle sur ta nuque... Fais abstraction de tout le reste, et ose me dire que tes pensées n’ont pas changé. »

    Je me dégageai lentement, juste assez pour couvrir ses traits de mon regard, guettant la moindre réaction.
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Anthea P. Iordanou
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Divinité jouée : Athéna.
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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Dim 15 Mar - 21:48

    C’était un vieux précepte qu’Aphrodite n’avait eu de cesse de mettre en pratique et en œuvre sur le genre humain. Et pourtant, aujourd’hui, Athéna s’interrogeait. Les contraires s’attiraient également chez les divinités. Et elle en était la victime. Pourtant rien ne la prédestinait à devenir l’objet des tentatives vaines de quiconque. La donne avait été posée dès le départ. Il n’y avait pas déesse plus glaciale et plus indifférente au sexe opposé qu’elle-même. Elle n’avait jamais respiré la joie de vivre et l’humour s’il n’était pas noir et cinglant ne trouvait pas de grâce à ses yeux. Dès lors, comment avait-elle fait son compte pour éveiller l’intérêt du malicieux dieu messager ? Etait-ce leurs rapports étroits avec les mortels ? Parce qu’elle les aidait dans leur vie quotidienne, la leur améliorait, tandis qu’il transmettait les messages des puissances supérieures qui avaient décidé d’intervenir dans leur existence avilissante ? Ou parce que justement, ils n’avaient rien d’autres en commun. Elle ne possédait pas l’éclat lumineux et rempli de provocation des prunelles azur d’Hermès. Elle n’avait pas ce sourire entier et communicatif qui lui permettait d’éblouir chacun de ses récepteurs. Elle n’avait pas son intelligence entièrement tendue vers son propre amusement. A l’image des jumeaux astraux, les deux divinités représentait le jour et la nuit. Hermès était la gaieté joyeuse du jour, du soleil qui déversait son bonheur et sa chaleur enchanteresse sur les mortels et la nature les entourant. Il était la mélodie douce et harmonieuse du vent qui faisait frissonner les feuilles des oliviers, le chant des cigales une chaude après-midi d’été et l’imprévu des rencontres fortuites mais agréables. Elle se résumait davantage à l’atmosphère glacée de la nuit, à l’image de son animal fétiche. Elle était la pâleur de la lune dans un ciel noir et sans autre vie que les ombres lugubres des animaux de chasse, n’apportant aucun réconfort, uniquement de la mélancolie et de la tristesse, les sons inquiétants qui venaient percer l’obscurité d’une plaine, les menaces sourdes et malvenues à chaque carrefour. Ils n’avaient rien en commun et pourtant, ils jouaient à ce jeu dont ils n’avaient toujours pas fixé les règles et auquel ni l’un, ni l’autre n’avait envie de mettre un terme.

    Et malgré le profond mépris qu’elle n’hésitait pas à lui montrer dès l’instant où elle se trouvait en sa présence, malgré la colère sourde et intempestive dont ses yeux pouvaient faire preuve quand ils se posaient sur ce facétieux dieu, elle ne pouvait s’empêcher de l’admirer en quelque sorte. Elle lui enviait de temps à autres, son aisance parmi les mortels. Le fait qu’il ne les haïsse pas comme elle le faisait elle-même et ce qui lui permettrait de continuer à se réincarner quand elle aura totalement disparu de la croyance collective. Sa façon de se comporter et de se laisser porter par l’existence qui leur était offerte avec la même désinvolture que durant les temps anciens où nul n’était plus puissant qu’eux. Car elle savait que derrière cette apparence légère, se cachait davantage. Il était plus profond que ce soi-disant bellâtre, séducteur en tout genre et toute espèce. Des divinités qui restaient, elle était persuadée qu’il perdurerait le dernier. Certes Dyonisos avait l’adhésion des mortels grâce à ses volutes décadentes qu’il leur permet d’atteindre sans le moindre regret ou remord. Mais Hermès était plus intelligent, plus rusé et tout aussi proches. Si ces traîtres ne devaient tourner leur croyance qu’envers l’une seule de ces statues de marbre, ce serait sans la moindre hésitation vers lui. Parce qu’ils ne croyaient déjà plus en grand-chose et l’unique chose qui perdurerait serait leur envie de vivre. Une vie de couleurs et de joie comme seul Hermès était capable de la représenter. Mais ce n’était pas pour ça qu’elle l’enviait. Comme ça devait être aisé de se laisser porter par le courant, ne pas nager à son encontre. Aisé et facile. Elle l’admirait parfois mais cela ne voulait pas dire qu’elle l’aimait. Du moins, la facilité avait pour une fois cours. C’était commode de s’en persuader, de ne même pas l’imaginer.

    Fermer les yeux. Aussitôt, elle lui jeta un regard aussi surpris qu’interloqué. Elle était parfaitement consciente que le dieu de la ruse avait de ces facéties inconstantes que nul ne pouvait prévoir. Qu’il lui passait parfois des fantaisies dont lui seul connaissait l’origine et l’aboutissement. Que la plupart du temps, lorsqu’il était dans les environs, le sentiment qui prédominait dans le cœur des divinités alentours était la surprise, et parfois l’agacement. C’est exactement ce qu’elle ressentit en cet instant précis. Quel mauvais tour voulait-il lui jouer. Elle ne connaissait que trop son esprit. Elle le savait dans le but unique de son propre amusement et elle n’avait pas la moindre intention d’être son réceptacle. Elle ne l’avait jamais été et ne le serait jamais comme elle le lui faisait régulièrement remarquée. Et il savait pertinemment qu’elle avait la fâcheuse manie de n’obéir à rien ni personne, si ce n’était ses propres préceptes, ses propres règles. Le regard qu’elle lui lança finit de le lui faire comprendre. Pourtant, alors qu’elle détaillait le visage de son interlocuteur, elle perçut de la curiosité s’éveiller dans le tréfonds de son âme, irradiant du creux de ses poumons et se répandant comme une traînée de poudre urticante le reste de son anatomie.

    Elle entrouvrit les lèvres, prêtes à formuler des objections avec un argumentaire construit et divisé en différente partir pour rejeter la requête d’Hermès en bonne et due forme mais il ne laissa pas faire, poursuivant d’explications plus que douteuses sa sollicitation première. Que lui voulait-il réellement, la réponse était trop tentante pour la rejeter comme elle aurait souhaité le faire quelques minutes plus tôt. Et qui sait peut être que cette fois-ci serait la dernière. Peut être qu’il finirait par mettre un terme au jeu dont ils étaient tour à tour les marionnettes. Suite à ces propos, elle ne put s’empêcher de pousser un petit ricanement dédaigneux, prouvant par là qu’elle n’accordait aucune valeur à ce qu’il venait de déclarer. Lui ? Savoir se tenir en société ? Non, elle n’avait pas confiance, tout comme elle n’avait confiance en personne. Et malgré tout, une tempête sourde et délirante assombrit son esprit. Une part d’elle-même voulait s’exécutait. Pour une fois, se laisser faire, laisser l’autre aux commandes, ne rien régenter et peu important ce qui pourrait en aboutir. Tandis que l’autre part d’elle-même déniait véhément cette position. Ce n’était pas sûr. Qui savait ce qu’il avait derrière la tête après la conversation qu’ils venaient d’avoir. Mais il ne pouvait lui faire de mal. Elle en était intimement convaincue. Finalement, ce fut la première partie d’elle-même, celle qui prenait de l’ampleur et de l’influence à une rapidité galopante. Une vitesse qui s’imposait à chaque fois qu’elle se retrouvait en tête à tête avec la divinité déchue. Poussant un soupir, elle lui lança un regard lourd de menaces s’il osait rompre son engagement de ne pas la toucher. Puis le noir se fit.

    Nonobstant cet abandon superficiel qu’elle pouvait montrer à son interlocuteur, dès lors qu’elle clôt les paupières, elle se fit encore davantage tendue qu’à l’habitude. Ne rien voir, faire confiance à l’autre au point de ne pouvoir anticiper, de ne pouvoir être capable d’empêcher les évènements ou du moins de s’y préparer, c’était une de ces troubles qu’il était difficile voire vain de combattre. D’autant qu’elle se savait à fleur de peau quand Hermès était dans les environs. Frustrée, elle attendit la suite des évènements et en percevant le mouvement du jeune homme vieux de plusieurs millénaires vers elle, Athéna se raidit davantage, se retrouvant clairement sous tension de la même portée qu’une centrale nucléaire au bord de l’explosion. Elle cessa même de respirer en devinant la chaleur proche et insupportable qui émanait de Thimothée à peine à quelques centimètres d’elle. Si proche et pourtant si loin. C’en était si insupportable qu’elle faillit rouvrir les yeux et le repousser brusquement comme s’il s’était agi de Tirésias. Mais, elle se retrouva dans l’incapacité totale de faire un mouvement lorsque sa voix chaude et envoûtante résonna à on oreille. Comment pouvais-t-elle se détendre dans cette proximité inconfortable de contentement ?

    Mais elle s’exécuta pourtant. C’était le moment rêvé de voir à travers ces yeux, de se rendre compte de sa position eu égard à leur nouveau statut. Elle y trouverait peut être ce qu’elle cherchait en l’enviant. Et une fois qu’elle aurait été témoin de ce dont sa curiosité voulait se repaître, elle pourrait alors retourner à son ancienne et fière position, abandonnée durant quelques secondes toute au plus. Fronçant les sourcils, s’humectant la lèvre inférieure, elle se concentra alors sur l’environnement qu’elle percevait maintenant, prenant soudain conscience de la douceur et d’un enchantement équivalant à ce qu’offrait Olympe. La chaleur diffuse du sable dans le creux de sa main lui prodiguait une relaxation agréable et indéfinissable. Les rayons que dardait l’ancien Hélios sur les maigres parcelles de peau à nues lui offraient une caresse délicieuse comme elle n’avait jamais voulu en connaître. Le vent secouant tel un amoureux attendri ses longues mèches brunes participait de cet état d’apaisement dans lequel elle se trouvait. Quant au souffle, la présence proche d’Hermès … il représentait une perfection proche de la douleur physique. Elle resta ainsi durant quelques instants. Elle le sentit s’éloigner quelque peu d’elle, permettant par la même à son cœur de se remettre à battre à une attitude certes un peu plus cadencée qu’à l’habitude. Elle n’avait pas envie de rouvrir les yeux, se rendant compte qu’il avait marqué un point.

    Finalement, elle reprit conscience et letement, ses yeux, devant se réhabituer à la violence du jour comme seul il pouvait se manifester sur une plage remplie de touristes, s’ouvrirent à nouveau. Elle les papillonna, la douleur des retrouvailles avec le monde bien présent l’empêchant de ce faire sans heurt. Mais les cris des enfants, la présence bien trop indécente des autres personnes ne la touchèrent pas. Absorbée par le visage bien trop proche d’Hermès à tel point qu’il envahissait son univers complet, elle ne leur prêta pas la moindre attention, cette dernière entièrement dirigée vers le séduisant jeune homme. Les battements de son cœur s’enfermèrent dans une folie qu’elle ne pouvait maîtriser tandis que sa respiration se faisait douloureuse. Les yeux profondément troublés, à l’imlage de son âme qu’il venait de chambouler en lui ouvrant le regard sur ce qui l’entourait, sur ce qu’elle refusait de reconnaître depuis des siècles, elle ouvrit la bouche pour lui offrir la réponse à sa question. Ses pensées avaient-elles changées ? Non, se rendit-elle compte, admettant pour la première fois que ce n‘était pas de l’agacement mais un sentiment qu’Aphrodite maîtrisait à la perfection.

    Plutôt que d’admettre sa défaite, plutôt que de se complaire dans la proximité de son inertlocuteur et risquait de la creuser davantage comme l’humaine ne cessait de le réclamer à corps et à cris depuis l’instant où il s’était approché, la divinité prit une profonde inspiration avant de rompre un contact bien trop dangereux entre les deux êtres éternels. Elle récupéra ses affaires sans un seul regard pour Hermès et consciente de sa fuite en avant, elle se hâta de se redresser. Elle qui avait toujours été au devant du danger, quelle cruelle ironie.

    « Je dois y aller. »

    Non, elle n’était pas capable de lui mentir. La vérité flagrante, déconcertante, se lisait de toute manière sur son visage, dans le moindre de ses gestes, dans la plus petite de ses respirations. Et c’était déjà bien assez de revers.

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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Jeu 19 Mar - 20:38

    L’immobilité s’abattit sur nos deux corps beaucoup trop proches, le silence scella mes lèvres, tandis que mes pupilles ne trouvaient satisfaction qu’en se délectant des traits de la déesse spoliée, qui paraissait se détendre doucement, comme si elle s’appropriait finalement cette nouvelle manière d’entrevoir le monde environnant. Si, autour de nous, les touristes et les enfants redoublaient d’activité et de rires francs, je ne les percevais plus. Un souffle lointain qui s’infiltrait dans les grains de sable chaud, un fragile écho qui se répercutait dans les eaux calmes et s’évanouissait dans l’horizon. Seule me parvenait encore la respiration irrégulière d’Anthea - à moins qu’il ne s’agisse de la mienne, car j’étais trop obnubilé par les conséquences de ma matoiserie pour me concentrer sur mes si faibles réactions. Il me semblait qu’elle avait premièrement lutté contre les sensations nouvelles qui se bousculaient sur la douceur de sa peau, dans les profondeurs de son être. Vainement, car il était évident qu’elle avait baissé les bras et qu’elle s’abandonnait, incapable de préserver sa retenue légendaire. Je plissai les yeux, concentré à décrypter le moindre de ses mouvements, et me demandai ce qui l’avait toujours poussée à agir ainsi. Depuis que je la connaissais, je n’avais jamais aperçu sa garde baissée. Athéna était constamment sur la défensive - quoi qu’elle le fût surtout en ma présence - et elle s’appliquait à mettre une distance entre le monde, divin ou non, et elle-même. Un comportement singulier, selon moi, et que j’avais bien du mal à saisir. Peut-être était-elle tout simplement effrayée. La crainte que son masque ne s’envole. J’étais persuadé que la déesse se cachait, et qu’elle éprouvait bien plus de sentiments, de remords et de regrets qu’elle n’acceptait de le révéler. Je savais, j’étais convaincu qu’Athéna était plus qu’elle-même ne l’imaginait. Les secondes s’étirèrent. Indéfiniment. Jamais je n’avais éprouvé une telle frustration face à l’incapacité d’user de mon pouvoir sur un quelconque dieu. Je devinais à l’avance que, bien qu’elle comprît que j’avais raison sur un point, elle ne me donnerait jamais satisfaction de m’avouer ce qu’elle avait bien pu ressentir. Je tentai alors de les déceler sur son visage serein, mais les réponses floues que j’y trouvai m’étaient clairement insuffisantes. Je convoitais plus, beaucoup plus ; trop certainement. Selon Athéna, du moins. Pourtant, j’avouais qu’elle m’en avait permis plus en ce jour que durant toutes ces années d’entreprises brisées et déchues.

    Ne m’accordait-elle pas sa confiance, en cet instant ? Du moins, cela y ressemblait étrangement. Je ne pouvais décrire les sentiments qui m’avaient animé, dès que ses paupières s’étaient closes. Tandis que j’avais imaginé me sentir aussi léger que lorsque nous nous trouvions sur l’Olympe, j’avais senti un poids s’abattre sur moi, m’enveloppant d’une chaleur encore jamais éprouvée. Si la question fatidique m’avait été posée avant que je ne sois le principal acteur de la scène, j’aurais probablement rétorqué qu’il s’agirait d’un sentiment de victoire aussi puissant que libérateur. Pourtant, rien en moi ne s’approchait d’une telle émotion. J’en étais bouleversé, complètement retourné. C’était profond. Comme si, en trois milliers d’années, je vivais cette situation pour la première fois. Je ne doutais pas que ce fût le cas, puisque c’était le cas. Jamais Athéna ne s’était permis un écart. Toujours réticente, aucune de mes paroles, aucun de mes actes n’avaient su la mettre en confiance. J’avais tout essayé ; la ruse, l’indifférence, la douceur, la provocation, la gentillesse. La déesse s’était toujours montrée instamment hermétique, pourtant. L’enjeu en avait redoublé, et je m’étais faussement imaginé que le jour viendrait où, les bouts de mes doigts s’approchant du gain, j’en éprouverais une fierté toute particulière.

    Ce n’était pas cela, néanmoins. C’était totalement différent.

    Puis elle rouvrit les paupières. Je compris immédiatement qu’elle avait été heurtée par l’évidence que j’avais maintes et maintes fois évoquée. Peut-être n’était-ce qu’une illusion, mais j’avais la très nette impression que, ses yeux comme les miens, étaient hypnotisés, la distance qu’elle s’était toujours appliquée à creuser entre nous s’était réduite à néant. Une seconde. Une courte seconde car, déjà, elle se relevait, profondément troublée. Je n’étais jamais parvenu à lire en sa personne. Pourtant, en cet instant, il s’agissait presque d’une évidence. J’assistais à lutte intérieure, livrée contre une partie d’elle-même dont elle ne soupçonnait le pouvoir - ni même l’existence.

    ANTHEA ; « Je dois y aller. »

    Dépité, j’arquai un sourcil. Que signifiait cette assertion ? Elle devait s’en aller ? Athéna n’avait de devoir qu’envers une seule et même personne, et il s’agissait d’elle-même. Ce n’était une obligation, mais un choix. Un désir. Un soupir s’échappa de mes lèvres entrouvertes, je méditai quelques mots et, abandonnant, je me laissai choir sur le sable. Les yeux rivés sur le ciel, je l’entendais ramasser ses affaires à la hâte. Je devinais la suite des évènements, et il m’était impossible de demeurer totalement passif face à sa fuite, face à son refus d’admettre que j’avais raison sur toute la ligne, et depuis le début. Je me redressai précipitamment, plantai un air amusé ses mes traits et haussai les épaules.

    THIMOTHEE ; « Quoi ? Tu as rendez-vous ? »

    Je la vis s’immobiliser, visiblement irritée par le ton condescendant que j’avais employé. Je soupirai à nouveau, me relevai avec une aisance particulière, mais m’empêchai de m’approcher d’elle. La connaissant, ce geste me vaudrait plus de tort qu’à la déesse de la guerre et de la sagesse.

    THIMOTHEE ; « Hmm, si tu dois y aller, alors... »

    Je n’en revenais pas. Ces mots avaient-ils réellement franchi la barrière de mes lèvres ? Elle ne m’avait jamais échappée de la sorte, je m’étais toujours amusé à la traquer dès qu’elle émettait le profond désir d’être libérée de ma présence. Le poids qui s’était précédemment écrasé sur moi me revint en mémoire. Je n’étais pas un fardeau. Je ne voulais plus être un fardeau.
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Anthea P. Iordanou
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MessageSujet: Re: Love tastes so much better when it's cruel [Thimothée]   Ven 20 Mar - 18:01

    Elle devait partir. Elle devait s’éloigner. Se soustraire à cette ambiance électrique. Elle se sentait partir elle-même, la petite voix au fond d’elle prenant de plus en plus d’intensité au fur et mesure des secondes égrenées. De luciole perdue au fond de la nuit, errant de son sillon lumineux hasardeux, elle se transformait progressivement en feux d’artifices aussi impressionnants que sans fin. Et elle ne voulait pas être entourée d’inconnus pour assister au bouquet final qui finirait par arriver, parce qu’il arrivait toujours. Et plus encore, elle ne pouvait supporter plus longtemps l’étude menée de ses attitudes, de ses réactions par le dieu déchu en face d’elle. Parce que de tous les observateurs présents, il était celui qui la connaissait le mieux quant bien même elle avait toujours refusé de se montrer entièrement et totalement à qui que ce soit, lui compris. Mais celui qui pouvait le mieux deviner les ébranlements de son âme. Quand on attendait quelque chose depuis si longtemps, on savait en reconnaître les premiers signes de délitement.

    Mais à quoi bon ? Lui répétait cette stupide voix au fond d’elle-même. Après tout, rien n’était écrit. Rien n’avait été gravé dans le marbre jusqu’à la fin des temps. Il suffisait de voir l’attitude de ses acolytes qui avait pris la même position qu’elle-même sur le sujet. Artémis avait certes juré de ne jamais se laisser corrompre par la malice des hommes mais les relations avec ses nombreuses suivantes prêtaient quelque peu à confusion ce serment, tout comme ses liens particuliers avec quelques uns de ses prétendants. Si son jumeau n’était intervenu, Orion aurait-il été le grand gagnant de l’histoire ? Et que dire d’Hestia qui avait été pendant si longtemps la plus vertueuse, ne s’attachant pas même à son éventuel charisme, comme Athéna avait pu le faire lors de ce funeste incident de la pomme d’or, et qui désormais se laisser tenter parce qu’avait été Thésée. Pourquoi dans ce cas, n’évoluerait-elle pas également ? Pourquoi n’aurait-elle pas le droit de profiter entièrement de sa vie actuelle, reniant ce qu’avait été le passé. Car ce passé n’était plus. N’était-il pas ?

    Parce qu’il fallait bien que quelqu’un se dévoue. Que quelqu’un s’efforce de rappeler quotidiennement à tout à chacun ce qu’ils étaient et la raison pour laquelle ils s’étaient accordé à descendre. Ce n’était que pour mieux remonter par la suite. Or chaque journée qui passait, chaque existence sacrifiée avait été en vain, les enfonçant de plus en plus dans les méandres de la mortalité. On ne pouvait s’en contenter. Ils n’étaient pas des humains. Ils étaient tellement plus que ça. Et il devait montrer l’exemple, quitte à en payer les conséquences, les remarques acerbes et les moqueries modernes. Elle en paierait le prix, n’importe quel prix, elle y consentirait les yeux fermés si au moins cela pouvait la ramener à sa gloire passée. Mais qu’Hermès pouvait-il savoir de ce sentiment ? Lui qui y était totalement étranger ? Ca ne le changerait pas beaucoup. Ici, au moins, il n’était plus le larbin consensuel des plus puissants.

    Fort heureusement pour lui, il ne pouvait lire dans les pensées obscures et basses de la déesse. Elle se rendait elle-même compte qu’elle avait été trop loin et qu’elle versait dans la méchanceté gratuite. Elle se trouvait elle-même antipathique pour l’instant mais ne l’avait-il pas cherché en voulant remettre en cause ses convictions ? Lorsqu’on jouait avec le feu, il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’au final ce dernier ne vous explose à la figure. Mais, ce n’était pas son genre de verser dans telle ignominie. Et en fin de compte, il ne méritait pas un tel traitement. Une rafale de phalanges, peut être. Mais pas ça. Ce qui ne l’empêcha pas de lui jeter un regard froid et haineux face au ton condescendent qu’il avait employé en sous entendant qu’elle avait rendez vous.

    Il avait raison bien évidemment. Mais de mémoire d’immortel, on n’avait jamais vu la déesse Athéna venir reconnaître son erreur. Et même quand elle en était parfaitement consciente. On faisait avec. Il faisait avec et dans un sens, elle lui en était reconnaissante. Ce jeu auquel il se prêtait n’avait en général aucune conséquence. Il connaissait la réponse qu’elle allait lui fournir à l’instant même où il commençait à s’adresser à elle. Et c’était peut être pour ceci qu’il ne cessait de revenir vers une expérience dont il savait le résultat négatif d’avance. Ce n’était pas dangereux de s’y prêter tout en sachant qu’il n’y avait pas besoin de s’engager. Elle était curieuse de savoir ce qu’il ferait si une fois, une seule et unique fois, elle accueillait ses propositions. Mais non, il ne s’agirait pas de simple curiosité mais d’envie, de désir de sa part à elle, pas uniquement de l’humaine.

    « Oui, exactement, j’ai rendez-vous. »

    Avec le silence. Elle le laisserait à la drague de ses touristes aussi peroxydées qu’insipides. Aussi faciles qu’ennuyeuses. Aussi mortelle que ne lui arrivant pas à la cheville. Mais alors qu’elle s’apprêtait à partir, lui tournant délibérément le dos pour ne pas avoir à supporter davantage ce regard, ces yeux, ce visage qui commençait sérieusement à la faire tanguer de sa planche de certitude, il prononça une phrase qui la fit se figer sur place. Lentement, elle se tourna vers lui et lui jeta un regard inquiet. Etait-il malade ? Avait-il soudain une attaque ? Cela lui ressemblait si peu que Dionysos se mettant à employer des mots savants à côté ne l’aurait pas davantage choqué. Une des caractéristiques du dieu messager et qui, contre toute attente, forgeait nécessairement l’admiration de ses bien malheureuses victimes, auxquelles elle comptait, était cette persévérance qu’il démontrait dans chacune de ses actions, chacune de ses envies. Alors la laisser partir sans l’interroger plus encore, sans la coller à l’image d’un pantalon de cuir noir en plein mois d’été, ne faisait assurément pas partie de ses habitudes. Se tournant totalement vers lui, plongeant son regard dans le sien, elle croisa les bras, rempart de plus utilisé pour accentuer la distance avec la tentation trop présente de poser sa main sur le front du dieu messager pour s’assurer qu’il se portait comme un charme.

    « Tu as peut être raison sur un point. » finit-elle par reconnaître, première fois de son existence qu’elle avouait une défaite, premier pas vers une profonde modification de son être grâce à l’action d’Hermès ? Pas sûr. « Vivre ‘ici’ … » Elle avait prononcé ce mot avec un mépris certain, le nez presque retroussé devant la puanteur mortelle dégagée par les ambres solaires des corps gras, loin des silhouettes sveltes divines. « … n’est pas totalement dénué de saveurs. » Mépris une fois de plus. « Mais je n’ai pas envie de les découvrir ou de leur donner de l’importance. Parce que je n’ai pas l’intention de rester ici. Nous n’appartenons pas à cet endroit. »

    Elle poussa un profond soupir rempli de désespoir et jeta un furtif coup d’œil sur la ligne plus moins droite que la mer voulait bien leur offrir. De l’autre côté, se trouvait l’endroit d’où ils étaient originaires. Olympe. Le seul endroit auquel elle appartenait et pour lequel elle n’hésiterait pas à tuer sans le moindre remord pour y accéder à nouveau.

    « L’aurais-tu oublié toi également ? Te contenterais-tu de ça ? »

    Nouveau coup d’œil aux environs remplis de baleines blanches et huilées échouées sur la plage.

    « Quant au reste, je n’ai pas envie de discuter de ça devant des oreilles indiscrètes, en public. Si tu veux continuer la conversation, ce sera à la maison. »

    Une fois de plus elle se figea. Qu’est ce qu’elle venait de faire ? Alors que pour une fois, une seule et unique fois en plus de quatre mille ans, il l’avait laissé partir sans broncher, elle lui tendait une perche. Et plus encore, la façon dont elle avait prononcé maison valait presque un nous.

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