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 « Maudite journée... » (Pv Thimothée)

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MessageSujet: « Maudite journée... » (Pv Thimothée)   Ven 20 Fév - 2:07

Je fermai les paupières, exténuée. L’obscurité envahit ma vision, masquant pour quelques courts instants la lumière éblouissante du soleil qui malgré la fenêtre me frappait les yeux et me donnait une migraine. Je me massai les tempes du bout des doigts. J’avais su dès le réveil que j’allais passer une mauvaise journée. Un sombre pressentiment plus agaçant que réellement inquiétant occupait mes pensées. En sortant de la douche, je m’étais observée dans un miroir négligemment posé sur ma coiffeuse, les cheveux dégoulinants d’eau, la peau brillante, les yeux d’un vert profond. Puis d’un geste machinal, je m’étais emparée de mon miroir en espérant peut-être qu’en changeant de vue sur moi-même, j’allais voir une autre personne, plus assurée, plus belle, plus amusante. Le miroir m’avait glissé des mains et avait explosé en des milliers de petits morceaux épargnant de peu mes pieds. Je n’étais pas particulièrement superstitieuse mais ce genre de signe me rendait nerveuse. « Sept ans de malheur, chantonnait une voix dans ma tête, ma pauvre fille, le malheur te poursuit comme une vieille couverture accrochée à ta peau et dont tu ne peux ne débarrasser ». C’était là que ce pressentiment était né. Un évènement grave n’allait sûrement pas arriver mais ma journée risquait d’être particulièrement pénible. Me rappeler maintenant que j’avais eu raison ne me consolait pas, au contraire.

J’avais ramassé les bouts de verre, me coupant à maintes reprises puis après m’être habillée, j’avais pris le chemin du boulot comme chaque matin, en évitant les connaissances et les questions. Je dévorai mon horoscope dès que j’ouvris le journal. Je ne croyais pas en ces bêtises mais je ne pouvais m’en empêcher. Savoir que mon avenir pouvait être prédit me rassurait, me semblait-il. « Vous éviterez la compagnie de vos semblables aujourd’hui, rapprochez-vous des autres, vous aurez sûrement de belles surprises ». La première partie de la phrase était vraie, la seconde moins. J’étais devenue farouche, peu sociable dès ma petite enfance quand on me disait que j’étais bizarre, étrange. On n’hésitait pas à me blesser en évoquant ma « spectaculaire beauté » mais mon « caractère renfermé », « inintéressant ». Je passais pour être quelqu’un de pas assez futile. Et quand je tentais des rapprochements, j’avais toujours de mauvaises surprises : comme ce garçon à l’école qui m’avait préféré ma meilleure amie, celui que je devais épouser qui avait fait un enfant à une autre. Avoir des relations avec les autres était toujours source de souffrance, car l’on finissait par se quitter, par se détester, par se détruire une nouvelle fois une partie du cœur. Je n’étais peut-être pas assez courageuse pour cela, peut-être crevais-je de trouille en me berçant d’illusions que le bonheur ne m’était pas permis alors qu’il fallait que je me bouge tout simplement pour le trouver, ce bonheur.

Restait ce pressentiment qui était toujours là et se trouva confirmé au cours de la journée. On m’avait confié des touristes stupides beaucoup plus intéressés par la visite de la plage et des bars, que par la vue des falaises, par les légendes locales ou par l’histoire de la région. Je ne m’étais pas pour autant énervée, faisait preuve de grand sang-froid même lorsqu’ils profitaient de mes explications pour bavarder entre eux. La visite s’était terminée sur la question très précise de l’un d’eux concernant le volcan à laquelle je n’avais pu répondre. Ah, s’était-il exclamé désagréablement, la petite grecque ne sait pas, c’est bien dommage, avant d’éclater d’un rire gras.

Je profitai donc de cette fin de journée pour potasser les bouquins sur le sujet. Je n’étais pas géographe et j’étais en conséquence contrainte d’étudier dans l’office de tourisme. Je n’avais pas mangé ce midi-là et mon estomac me rappelait à l’ordre. Sans compter que la migraine menaçait de reprendre. Je craignais une crise d’épilepsie, cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps et clorait cette journée particulièrement déplaisante. Mais en fait de malheur, j’entendis soudain la porte de l’office s’ouvrir d’un coup brusque. Le visage de Thimothée apparut dans mon champ de vision et je ne pus m’empêcher de soupirer intérieurement. Travail fini ou pas, j’avais tout intérêt à quitter mon boulot tout de suite si je voulais éviter la crise de nerfs. Le jeune homme était pire que l’épilepsie, pire que la peste noire, pire que la pire des maladies. J’avais eu du mal à reconnaître qu’il travaillait comme guide touristique comme moi ici à Santorin tant il me semblait peu professionnel. De plus, ses remarques impertinentes me faisaient grincer des dents et plus il s’apercevait qu’il me mettait en rogne, plus il continuait. N’avait-il donc rien d’autre à faire de sa vie que d’envahir celle des autres ? Je n’étais pas particulièrement agaçante, méchante, méprisante, je ne méritais pas ce genre de traitement. Pour éviter de paraître impolie, je lui adressai un petit signe de la main avant de commencer à rassembler mes affaires. Je l’évitais au maximum car croiser son regard était toujours signe que j’allais m’énerver. Pour mon grand malheur, je bossais avec lui, et tache n’avait jamais été plus difficile. J’espérais que personne n’aurait un jour la brillante idée de nous mettre en binôme ou sinon l’un d’entre nous serait retrouvé étranglé au bout de quelques heures.

Je sentais bien qu’il était charmeur et par ailleurs, il était plutôt bel homme. Cheveux bouclés roux, yeux malicieux, bouche toujours étirée en un demi-sourire ambigu. Il avait tout de l’enfant encore capricieux et prêt à faire des farces à leur entourage. J’étais persuadée qu’il profitait de son charme pour mettre des tas de filles dans son lit. Qu’il m’ait prise en grippe dans ces conditions me paraissait d’autant plus inexplicable. Je rangeais rapidement mes affaires, rattrapant prestement mon sac et mes lunettes de soleil immenses achetées sur un coup de tête un jour de vacances à Athènes. Un livre sur le volcan de l’île tomba de la table et glissa jusqu’à lui. Je maudis intérieurement le sort et tous les dieux de l’univers d’avoir autant de malchance avant de me précipiter pour le récupérer, espérant que je ne ferais pas une dépression d’ici ce soir. Après tout, je n’avais pas de Prozac.
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